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Paroisses quatre évangélistes : saint Jean, saint Luc, saint Marc, saint Matthieu, villes et villages : Montceau-les-Mines, Ciry-le-Noble, Sanvignes, Perrecy-les-Forges, St Vallier, Blanzy, Les Bizots, Gourdon, Mary, Mont-Saint-Vincent, Saint-Romain-sous-Gourdon, Marigny, Saint-Romain-sous-Versigny

Paroisses du doyenné des quatre Évangélistes en pays montcellien

61/40 Homélies du Temps de Carême 2020-2022

ANNÉE C

Homélie du 5ème Mercredi de Carême  / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

Le psaume de ce jour est en fait un cantique tiré du Livre de Daniel, il s'agit du chant de Sidrac, Misac et Abdénago jetés dans la fournaise, chant qui donc s'élève surnaturellement car les trois hommes devraient être morts, chant qui par conséquent remplit Nabucodonosor de stupéfaction. Ce chant court sur 38 versets en bénissant Dieu dans toutes ses œuvres, et touchant le cœur du roi au point qu'il finira par proclamer que le Dieu de Sidrac, de Misac et d'Abdénago est le Très-Haut, et que le prophète met même dans sa bouche des mots qui ressemblent à ceux des psaumes et des cantiques juifs, entendez vous-même cela dans le verset qui suit : « Son royaume est un royaume éternel, son pouvoir s’étend d’âge en âge. » La bénédiction se propage du Ciel sur la Terre comme, à l'Annonciation, de l'ange Gabriel à Marie, puis, à la Visitation, de Marie enceinte du Fils du Très-Haut à Élisabeth enceinte de Jean-Baptiste, et ensuite à Zacharie. De plus, Nabucodonosor aperçoit dans le feu ardent un être qu'il reconnaît comme ange de Dieu. Dieu n'a pas oublié ses trois serviteurs, de même que jadis il n'avait pas oublié son peuple en esclavage, et déjà alors il s'était révélé dans un feu qui ne consumait pas, dans le buisson ardent aux yeux de Moïse dont il faisait son envoyé pour libérer les Hébreux de l'empire de Pharaon.

Remontons dans le temps pour regarder Joseph être précipité par ses propres frères dans une citerne asséchée du désert comme Sidrac, Misac et Abdénago dans la fosse de fournaise ardente, comme Daniel sera jeté dans la fosse aux lions, comme Jérémie par son propre peuple dans la citerne où il enfonce dans la boue, mais à chaque fois Dieu intervient miraculeusement ou par un intermédiaire inattendu, Dieu intervient pour broder la tapisserie de l'histoire sainte de son amitié avec les hommes. Joseph en Égypte, après avoir été tiré de la citerne, de nouveau se retrouve rejeté, enfermé dans une prison, et de nouveau Dieu intervient d'une façon inattendue qui tisse des liens de pardon et de réconciliation entre les hommes et aussi des hommes avec Dieu. Pardon et réconciliation, c'était le thème du CCFD-Terre solidaire pour la 4ème semaine de Carême. C'est tout cet héritage que porte dans son prénom celui que Dieu donne comme père à Jésus. L'héritage d'une histoire d'alliance et de sa rupture qui remonte aux premiers temps de l'humanité. Alors comment les Juifs de l'évangile de ce jour peuvent-ils dire au Juif Jésus qu'ils n'ont jamais été les esclaves de personne ? Alors qu'au contraire l'événement fondateur de leur croyance est la libération de la servitude de Pharaon. Les contradicteurs de Jésus s'enferment eux-mêmes dans un mensonge qui renie leur foi la plus profonde.

Puis ils ajoutent l'oubli sur le mensonge car, en affirmant qu'ils ne sont pas nés de la prostitution, ils disent vrai certes, étant donné que pour les chrétiens comme pour les Juifs le peuple a été façonné par Dieu comme un Père. Mais ils oublient les nombreux épisodes où ce peuple a tourné le dos à son Dieu en lui préférant des idoles païennes, du veau d'or de Moïse au Baal d'Élie, tellement que ce mot de prostitution est utilisé par les prophètes pour désigner l'attitude du peuple infidèle à la tête encore et toujours aussi dure que dans le désert de Moïse. Et c'est ce même peuple à qui Jésus fait face dans l'évangile de ce jour. Non, il n'est pas libre, sous occupation militaire romaine. Dans sa religion liée au Temple de Jérusalem, certes il a obtenu de pouvoir désobéir à l'ordre universel de vénérer l'empereur tel un Dieu, mais il est si peu libre qu'en 135, c'est-à-dire environ 100 ans seulement après la mort du Christ, il sera autorisé à entrer dans Jérusalem un seul jour par an ! Les interlocuteurs de Jésus se voilent la face en réclamant la paternité d'Abraham puis de Dieu, de qui finalement ? et curieusement pas de Moïse à qui fut confié la Loi. Oui, quand Jésus leur rappelle que la Loi a été donnée parce que l'homme est sous l'emprise du péché, ils se voilent la face.

Dieu donne sa parole, elle s'inscrit sur les Tables de pierre de Moïse afin qu'elles soient inscrites dans la pratique d'un peuple. Or Jésus se présente comme cette parole qui fait vivre devant Dieu comme un ami. Cette parole n'asservit pas, mais suscite une amitié : « Marche en ma présence », avait proposé Dieu au père Abraham. Regardons Joseph qui, accueillant la parole qui lui est dite de la part de Dieu, permet à celui-ci d'intervenir pour le bien de la Sainte Famille échappant à la menace du roi Hérode. Regardons Joseph marchant en présence de Dieu jusqu'à Bethléem, puis comme jadis le patriarche jusqu'en terre d'Égypte au service de l'œuvre du Salut libérateur. Joseph humble et patient, serviteur et ami de Dieu, au service de la sainte entreprise de celui-ci.

Heureux Joseph qui collabore à l'œuvre du Christ venu instaurer une fraternité nouvelle, selon l'expression du concile Vatican II, reprise comme thème pour cette 5ème semaine de Carême par le CCFD-Terre solidaire : construire une fraternité nouvelle. Heureux est Joseph qui a entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, qui l'a retenu et a porté du fruit par sa persévérance.

 

Homélie du 4ème Mercredi de Carême  / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

Dans la première lecture, Dieu s'adresse à quelqu'un en particulier. Pour nous Chrétiens, cette personne dont Dieu a entendu la voix, et dont il a exaucé la prière pour que cette personne soit elle-même l'alliance du peuple avec Dieu, l'alliance qui constitue le peuple et relie ses membres entre eux, pour nous Chrétiens c'est le Christ Jésus. C'est lui qui nous fait entrer dans la communion du Père, c'est lui qui maintient les liens de la communion entre nous Chrétiens, lui qui est rempli de l'Esprit Saint, Esprit de communion et d'unité. En filigrane à travers les lignes du vieux texte prophétique d'Isaïe se dessine donc la figure du Christ Jésus en personne. La figure de celui qui dans l'évangile de ce jour déclare : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. » Ainsi Jésus accomplit-il la volonté de Celui qui l'a envoyé, et demeure-t-il perpétuellement en communion avec le Père.

Réécoutons les paroles du psaume qui décrivent Celui que Jésus appelle Père : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres. Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait. Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés. Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. » Cette description de Dieu convient aussi à Jésus dans son ministère public d'annonce de la Bonne Nouvelle de l'amour du Père, ministère de prédication et à la fois de charité en acte. Et cela est possible parce qu'il est le Christ, rempli de l'Esprit Saint, Esprit de communion et d'unité avec le Père. Cette description convient encore à celui qui domine la tempête, multiplie les pains et redonne vie à Lazare : il est Seigneur.

Puisse-t-il être Seigneur de nos vies puisqu'il est le visage de l'amour de Dieu à l'œuvre dans nos existences. Puissions-nous l'invoquer en vérité, comme on sollicite l'aide d'un ami, afin qu'il soit proche comme il aime à l'être. De compassion envers nous est pétri son cœur, lui le visage de la miséricorde divine, lui qui est rempli de l'Esprit Consolateur.

Nous sentons-nous oubliés de Dieu ainsi que Jérusalem qui disait : « Le Seigneur m’a abandonnée » ? Dieu répond : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » Ni le Père ni le Fils ni l'Esprit ne nous oublient, unis qu'ils sont depuis toujours et à jamais dans une même sainteté. Et ils nous appellent aujourd'hui à construire avec eux une fraternité universelle nouvelle.

 

 

Homélie du 3ème Dimanche de Carême  / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

Chers sœurs et frères, dans la première lecture, tirée du livre de l'Exode, Moïse, tout en faisant paître son troupeau, voit un buisson en flammes qui ne se consume pas, et s'approche pour observer ce prodige, quand une voix l'appelle par son nom et, l'invitant à l’humilité, lui commande de retirer ses sandales parce que le lieu est saint. « Je suis le Dieu de ton père – lui dit la voix – le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob » ; puis il ajoute pour mieux révéler son identité : « Je suis celui qui est. » Dieu, qui est toujours et partout, se manifeste aussi de différentes manières dans la vie de chacune et chacun d'entre nous, mais, pour pouvoir reconnaître sa présence, il est nécessaire que nous nous approchions de lui - comme Moïse qui prit la peine de faire un détour -, nécessaire que nous prenions conscience de notre pauvreté - comme Moïse retirant ses sandales à la voix de celui qui l'y invite -, et nécessaire que nous recevions la foi de celles et ceux qui nous ont précédés afin de la transmettre à notre tour - comme Moïse se recevant de la foi des patriarches Abraham, Isaac et Jacob -. Il nous faut également comprendre à quel point Dieu est Dieu de l’existence, ce qui signifie qu’aucune créature n’est ignorée de lui, et que nous, qu’il a voulus à son image, sommes précieux à ses yeux. Or nous pouvons parfois ou souvent avoir le sentiment de ne pas parvenir à le rencontrer, d'être incapables d'entrer en communion avec lui : continuons cependant de le chercher, au fil de nos vies comme par les détours de nos existences. Car, comme le chantait le psaume, demeure l'espérance que le Seigneur révèle ses desseins à qui entre dans cette démarche. Son objectif en effet n'est pas de nous enfermer dans nos attitudes, mais de nous ouvrir à sa présence à travers celle des autres et au cœur de notre vie, à travers les événements qui jalonnent humblement ou marquent profondément nos existences.

C'est d'ailleurs ce que l'Apôtre Paul, dans la deuxième lecture, cherche à faire comprendre aux chrétiens de la ville de Corinthe : Moïse, en effet, a fait un détour pour observer le buisson ardent, c'est-à-dire qu'il n'était pas blasé, engoncé dans une attitude sclérosante d'autosuffisance, autrement dit il était toujours capable d'entrer en recherche, il ne s'enfermait pas lui-même dans une habitude routinière et désabusée. Or le peuple hébreu au désert aura tendance à se croire arrivé, la Terre promise étant pourtant hors de vue encore, et de ce fait perdait littéralement son chemin et tournait en rond, non seulement dans le désert, mais dans sa recherche spirituelle ; il n'était souvent plus capable de répondre à la demande d'amitié de Dieu. Ainsi, quand le Seigneur répond à sa faim en envoyant la manne, le danger est de croire que ça suffit comme relation avec Dieu. Et on tourne en rond, on ne va pas au-delà des apparences, on s'arrête là, on n'est plus en chemin. Jésus se heurtera au même problème après la multiplication des pains : comment comprendre après ce miracle providentiel que le Christ doive mourir sur la Croix ? Comment accepter que les difficultés fassent partie de nos vies, sans cesser de croire que Dieu leur donne un sens et que son objectif est d'ouvrir un passage, pas de nous laisser sur place et pour compte ? Autre avertissement, selon saint Paul, que donne l'épisode du buisson ardent, c'est sur l'attitude d'humilité de Moïse qui, comprenant qu'il vient de s'approcher de Dieu en personne, retire ses sandales parce qu'il se reconnaît pauvre pécheur ; ainsi, il montre qu'il y a en lui une capacité non seulement à s'en remettre au Seigneur, mais à lui faire confiance. On est loin d'une religion du donnant-donnant : si tu me nourris, alors je te suis. Moïse est dans une attitude de conversion qui, pour reprendre la phrase d'introduction à l'évangile, rend le royaume des Cieux tout proche. Voilà bien d'ailleurs le cœur du message de Jésus, à savoir de nous révéler un Dieu qui n'a de cesse de nous proposer son amitié à travers un compagnonnage qui le rend proche. Mais souhaitons-nous toujours et vraiment être les compagnons que Dieu appelle de ses vœux ? Désirons-nous de tout notre être cultiver cette amitié, et nous en donnons-nous les moyens ? Ou nous mettons-nous à tourner sur nous-mêmes par crainte de ce que cette amitié exigerait de nous ?

Dans le passage de l'évangile d'aujourd'hui, Jésus est interpellé sur certains faits funestes et à travers eux sur l'image que nous nous faisons de Dieu : la répression dans le sang d’une émeute de Galiléens que Ponce Pilate ordonna dans le Temple même, et l'effondrement meurtrier d'une tour sur des passants. Face à la conclusion facile de ceux qui considèrent le mal comme une punition divine, Jésus redonne l'image véritable de Dieu qui est bon et ne peut vouloir le mal. Mettant en garde contre l'idée que le malheur est la conséquence immédiate des fautes personnelles de celui qui le subit - ou alors c'est la faute de notre père, ou de notre grand-père, du patriarche -, il affirme : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus ne nie pas l’injustice de la mort qui a frappé les passants sous les décombres de la tour, ni le choc du massacre perpétré dans un lieu saint, mais invite à faire une lecture différente de ces événements, en les plaçant dans la perspective de la conversion : les malheurs, les événements funestes ne doivent pas susciter en nous une curiosité malsaine ou une recherche de fautes présumées, laquelle peut aller jusqu’à incriminer Dieu lui-même : l’a-t-il voulu ? l’a-t-il permis ? Mais nous sommes invités à réfléchir, à vaincre l'illusion de pouvoir vivre sans Dieu, et à renforcer, avec l'aide du Seigneur, notre propre engagement à changer de vie. Face au péché, Dieu se révèle plein de miséricorde et ne manque pas d'appeler les pécheurs à éviter le mal, à grandir dans son amour, et à aider concrètement leur prochain dans le besoin, afin de partager, prier et pardonner, afin de vivre la joie de la grâce et ne pas aller vers la mort éternelle qui est le refus de la puissance de la miséricorde de Dieu. N’est-il pas capable de descendre dans la mort pour aller nous y chercher, ce Jésus Christ dont nous croyons qu'il est le Ressuscité ? Et le Dieu qui s'est révélé aux Hébreux en les libérant de l'esclavage dans lequel Pharaon voulait les maintenir pour qu'ils élèvent des statues grandioses à son impériale gloire, ce Dieu-là n’est-il pas capable de nous libérer de l’esclavage du péché ? Devant le déferlement de violence qui frappe actuellement l'Ukraine, et touche l'unité de l’Église, devons-nous croire que le mal va triompher ? Ou, si écœurés et révoltés que nous soyons, nous reste-t-il un peu d’espérance pour croire que le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ? Ne nous appartient-il pas de demander à saint Joseph, fêté solennellement ce 19 mars, et à la Sainte Vierge Marie de fortifier notre pas sur ce chemin de Carême, de fortifier notre cœur dans la décision toujours à renouveler de renoncer au mal et de choisir le bien quand l'occasion s'en présente et même si c'est au prix d'un détour ? Et de confier nos chers défunts au Dieu de la vie.

 

Homélie du 2ème Mercredi de Carême  / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

La semaine dernière, nous avons constaté la mauvaise grâce de Jonas à voir se convertir les habitants de la ville païenne et ennemie de Ninive. À l'inverse, Jérémie se situe aujourd'hui dans la lignée d'Abraham qui jadis intercéda pour les villes corrompues de Sodome et Gomorrhe. Mais les habitants de Jérusalem qui écoutent Jérémie ne peuvent pas entendre que, cette fois, c'est sur la ville sainte que la colère divine pourrait s'abattre. Certes Dieu est fidèle à la parole donnée dans l'alliance contractée avec le peuple de Moïse, cependant qui dit alliance dit réciprocité... or le peuple élu se contente d'une religion formaliste sans y mettre son cœur, et accumulant les péchés en se détournant de la justice et de la miséricorde. Jérémie annonce alors les malheurs qui vont s'abattre sur le pays, la déportation à Babylone. On ne veut plus de ce prophète de malheur, on ne peut plus entendre de sa bouche les exhortations de Dieu à pratiquer une alliance sincère. Il est maltraité et craint pour sa vie, sans cesser de mettre en Dieu seul son espérance.

Lorsque Jésus gravit la montagne de la Transfiguration pour prier, il recherche ce même cœur à cœur avec Dieu que Jérémie invitait ses contemporains à pratiquer. Un cœur à cœur au creux de nos vies, difficultés et souffrances comprises. Avec Moïse et Élie il s'entretient de ce que ses Apôtres ne peuvent pas entendre, à savoir qu'il doit mourir sur une croix d'infamie. Pour ces derniers en effet, le Christ, le Messie, est le libérateur à bras armé de l'occupation romaine, et ils recherchent la première place à son côté. Dans l'évangile de la Transfiguration, le terme de départ utilisé par Luc pour parler de ce qui va arriver à Jésus n'en dit pas l'horreur, et sans doute Pierre, Jean et Jacques ne retiennent-ils que la présence ô combien honorifique de Moïse et d'Élie à ses côtés.

Peut-être même s'imaginent-ils à présent à la place de ces deux grands hommes dans le royaume à venir... Jésus les prend à rebrousse-poil : celui qui veut être le premier sera serviteur, et je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. Ses disciples n'imaginent pas à quel point le psaume de ce jour sera celui du Christ Jésus, serviteur souffrant. Plus tard seulement, éclairés par la résurrection de leur Maître et le don de l'Esprit à la Pentecôte, ils s'avanceront plus avant dans l'épaisseur des Écritures Saintes, et comprendront à quel point elles sont chargées de la présence de Dieu et, à la fois, de l'épaisseur humaine et de la contemplation de la Création.

Jésus est Parole du Père dans le souffle de l'Esprit.

Lumière est le Père !
Lumière est le Fils !
Lumière est l’Esprit-Saint,
Feu dans nos cœurs !
Trinité Sainte, nous t’adorons.

Amour est le Père !
Grâce est le Fils !
Communion est l’Esprit-Saint !
Trinité Sainte, nous t’adorons.

Source est le Père !
Don est le Fils !
Effusion est l’Esprit-Saint !
Trinité Sainte, nous t’adorons.

Puissance est le Père !
Sagesse est le Fils !
Bonté est l’Esprit-Saint !
Trinité Sainte, nous t’adorons.

Pensée est le Père !
Parole est le Fils !
Gémissement est l’Esprit-Saint !
Trinité Sainte, nous t’adorons.

 

(Liturgie orientale)

 

Homélie du 2ème Dimanche de Carême  / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

Dans la nuit, Dieu s'entretient avec Abram dans une vision : Abram vit sous le regard de Dieu, et Dieu lui parle, et Abram entend la volonté de Dieu qui se manifeste aussi à travers les signes qu'il lui donne. Avez-vous déjà regardé le ciel pour essayer de compter les étoiles ? Aujourd'hui nous savons que dans l'univers en expansion elles sont innombrables.

Au chapitre 17 du Livre de la Genèse, Dieu transforme le nom d'Abram en Abraham, ce qui signifie « père d'une multitude de nations ». Et aujourd'hui nous constatons qu'Abraham est la référence des trois grands monothéismes, en n'importe quel pays qu'ils soient pratiqués. Il est sous le ciel étoilé père de la foi pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans.

Contemple les étoiles, dit également le Seigneur à Abram : contemple mon œuvre, j'en fais un signe de ta descendance, tu n'es pas seulement dans la contemplation, mais je t'associe à mon œuvre, tu en es participant comme c'était déjà le cas pour tes ancêtres : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : "Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre" ». Comme l'auteur du psaume 26, Abram cherchait la face du Seigneur, du Seigneur qui nous a créés à son image et se révèle à travers celle du Christ Jésus, de cet homme dont la figure transfigurée laisse littéralement transparaître qu'il vient de Dieu, comme de cet homme, le même cependant, défiguré sur la Croix, mais annonçant le même lumineux amour de Dieu pour les nations sur la Terre. Pour Abram comme pour Pierre, les textes font mention du sommeil. De même, Abram et Pierre virent la gloire de Dieu : Abram dans une vision de promesse, Pierre sur le visage de Jésus.

Pierre cette fois reste éveillé, mais viendra l'heure où il s'endormira, au moment où l'alliance de Dieu pourra se réaliser dans le oui du Christ à sa Passion à venir, cette même alliance que Dieu conclut avec Abram endormi, cette même alliance que Dieu parachevait en tirant Ève du sommeil d'Adam. Abram et Pierre sont témoins de la fidélité de Dieu à sa parole, Pierre dont le nom aussi fut changé de Simon en Pierre pour signifier son rôle fondateur dans l'Église du Christ, cette Église que Jésus voyait par avance, comme il avait été donné à Abram de voir par avance la multitude dont il deviendrait le patriarche.

Pierre voit le visage de Jésus, dont l'aspect, écrit saint Luc dans son Évangile, devint autre : autre, comme le visage du Ressuscité que Marie-Madeleine ne reconnaît que lorsqu'il prononce son prénom - et c'est comme si ce prénom que Dieu connaît la faisait renaître à l'autre, comme si ses yeux s'ouvraient de nouveau à la lumière -, autre encore, comme le visage de l'étranger que les deux pèlerins d'Emmaüs ne reconnaissent que lorsqu'il rompt le pain. C'est le visage du Seigneur Jésus Christ, de Celui qui transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux.

Visage que nous ne reconnaissons pas toujours au gré des rencontres de notre vie, visage de celui qui reste fidèle à son alliance. Visage reconnaissable à la beauté du monde comme à la valeur du partage. Visage du don de soi dans l'eucharistie, corps livré sous les apparences d'un petite hostie de pain azyme. Reconnaissons-nous toujours sa présence dans ce moment de communion ?

Aide-nous, Christ Jésus, à te reconnaître, à la lumière de l'Esprit Saint ; aide-nous à entendre la voix du Père qui nous dit : « Écoutez-le, en lui j'ai mis tout mon amour ! » Oui, aide-nous à nous mettre à l'écoute et à l'école de ta Parole qui fait vivre et revivre.

 

 

 

Homélie du 1er Mercredi de Carême  / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

Jonas avait commencé par refuser l'appel de Dieu parce qu'il haïssait Ninive, capitale de l'Assyrie, ennemi juré d'Israël, et parce que, connaissant la capacité de Dieu à se gagner des cœurs au moyen de sa miséricorde, il ne doutait pas que Ninive serait épargnée… or il désirait ardemment sa perte ! Il commence donc par refuser d'éviter la destruction à la grande ville et, ce faisant, par refuser la volonté de Dieu, son plan de salut qui s'étend même aux païens ! Jonas est loin d'Abraham intercédant pour les villes de Sodome et Gomorrhe que Dieu avait condamnées à cause de leur corruption ! Et nous, ne nous arrive-t-il pas d'enfermer un peu trop vite notre prochain dans notre jugement sous prétexte qu'il n'entre pas dans nos catégories de sainteté ?! Ne nous arrive-t-il pas aussi de refuser l'appel de Dieu sous prétexte que nous n'avons pas assez de temps ou que nous ne sommes pas capables ?...

Sur le bateau qui l'emmenait loin de Ninive, les marins dans la tempête ont tout essayé, les moyens humains et l'invocation de leurs idoles, en vain ; pendant ce temps, Jonas dort d'un profond sommeil, tel Adam pour la création d'Ève, ou Abram au moment du sacrifice que Dieu scelle pour faire alliance avec lui. Réveillé, il explique aux marins que c'est parce qu'il a désobéi à son Dieu que le bateau est secoué par cette tempête, et leur propose de le jeter à la mer pour qu'elle cesse. Ceux-ci, ayant plus de compassion pour Jonas qu'il n'en a eu pour ces païens, essaient d'abord de regagner la terre ferme à la rame. Puis, vous connaissez l'histoire, c'est la descente aux abîmes et Dieu qui envoie un grand poisson avaler et recracher Jonas sur la rive pour qu'il accomplisse enfin la mission initiale.

Et Jonas comprend que Dieu tenait davantage à sa volonté de salut qu'à le punir, lui, Jonas, qu'il avait choisi pour ce projet. Il nous arrive également de toucher le fond : peut-être alors crions-nous vers Dieu pour solliciter son aide, ou nous plaindre de lui, parfois les deux, non ? Il nous arrive encore d'être rejoint par la miséricorde divine dans les abîmes de nos refus d'accueillir l'inattendu de Dieu.

Car Jonas, quand il constate qu'à son invitation les habitants de Ninive font pénitence dans la crainte du Dieu du prophète, de ce Dieu qui n'est pas le leur mais semble toucher leur cœur, Jonas se met en colère : décidément le feu du ciel ne tombera pas sur la tête de ces mauvaises gens ! Jonas reste centré sur ses certitudes au lieu de s'ouvrir aux merveilles de la grâce de Dieu. Il s'aigrit au lieu de se réjouir. Il se ferme au dialogue avec Dieu.

Celui-ci cependant fait pousser au-dessus de sa tête un arbrisseau dont l'ombre fraîche réjouit le cœur de Jonas. Alors Dieu, qui veut toucher son cœur à lui aussi, fait mourir l'arbrisseau pour que Jonas s'aperçoive enfin de sa présence et de la prévenance de sa grâce. C'est elle en effet, la grâce de Dieu, qui dans sa douceur et son humilité est toute-puissante, et non la volonté cruelle et dominatrice de l'être humain. Ainsi, ce n'est pas la démesure de la toute-puissance qui prévaut, ni les rébellions égocentriques de l'homme, ni l'irritabilité centrée sur des futilités, ni des haines séculaires, ni un nationalisme exacerbé, ni les prétentions territoriales destructrices, mais la souveraine miséricorde capable d'ouvrir un chemin où il n'y en avait plus, l'amour de Dieu cherchant sans cesse à nous relever de toute épreuve.

 

Homélie du 1er Dimanche de Carême  / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

Chers sœurs et frères, mercredi dernier, avec le traditionnel rite des cendres, nous sommes entrés dans le Carême, temps de conversion et de pénitence en préparation à Pâques. L’Église, qui est mère et maîtresse, notre institutrice en quelque sorte ! appelle tous ses membres à se renouveler dans l’Esprit, à se réorienter résolument vers Dieu le Père pour vivre dans l’amour, en reniant l’orgueil et l’égoïsme qui nous maintiennent dans l'esclavage du péché. Le Carême est un temps favorable pour redécouvrir la foi en Dieu comme critère de base de notre vie et de la vie de l’Église. Cela comporte toujours une lutte, un combat spirituel, parce que l’esprit du mal, naturellement, s’oppose à notre sanctification et cherche à nous faire dévier de la voie de Dieu. C’est la raison pour laquelle, chaque année, est proclamé, lors du premier dimanche de Carême, l’Évangile des tentations de Jésus dans le désert, où l'on trouve la vipère et le scorpion du psaume.

En effet, après avoir reçu l’« investiture » comme Messie, c'est-à-dire « Oint » de l’Esprit Saint, c'est-à-dire Christ, lors du baptême dans le Jourdain, Jésus fut conduit par le même Esprit dans le désert pour être tenté par le Diable : ce combat qu'il mène pour nous, il doit en effet le remporter pour aller au bout de sa mission. Au moment de commencer son ministère public, Jésus a dû démasquer et repousser les fausses images de Messie que le tentateur lui proposait. Mais ces tentations sont aussi de fausses images de l’homme, qui en tout temps tendent des pièges à la conscience, en prenant la forme de propositions avantageuses et efficaces, voire bonnes. Les évangélistes Matthieu et Luc présentent trois tentations de Jésus, qui ne se distinguent en partie que par leur ordre. Leur noyau central consiste toujours à instrumentaliser Dieu pour ses propres intérêts, en accordant plus d’importance au succès ou aux biens matériels. Le tentateur est sournois : il ne pousse pas directement au mal, mais à un faux bien, en faisant croire que les vraies et seules réalités sont le pouvoir et ce qui satisfait les besoins fondamentaux. De cette façon, Dieu devient secondaire, il se réduit à un moyen, en définitive il devient irréel, il ne compte plus, il disparaît. En ultime analyse, dans les tentations, c'est la foi qui est en jeu parce que c’est Dieu qui est en jeu. Dans les moments décisifs de la vie, mais aussi, à bien y regarder, à chaque instant, nous nous trouvons face à un carrefour : est-ce que nous voulons suivre notre « moi », ou Dieu ? L’intérêt individuel, ou alors le vrai Bien, c’est-à-dire ce qui est réellement bon non seulement pour moi, mais pour les autres et dans le respect du projet de salut du monde qui est celui de Dieu ?

Les tentations font partie de la « descente » de Jésus dans notre condition humaine, dans l’abîme du péché et de ses conséquences. Une « descente » que Jésus a parcourue jusqu’à la fin, jusqu’à la mort sur la croix et les enfers de l’éloignement suprême de Dieu. De cette façon, il est la main que Dieu a tendue à l’homme, à la brebis égarée, pour la sauver. Jésus a pris nos tentations, pour nous donner sa victoire. N’ayons donc pas peur d’affronter nous aussi le combat contre l’esprit du mal : l’important est que nous le fassions avec lui, Jésus Christ, le Vainqueur. Et pour rester avec lui, adressons-nous à sa Mère, Marie : invoquons-la avec une confiance filiale au moment de l’épreuve, et elle nous fera sentir la présence puissante de son Fils divin, pour repousser les tentations avec la Parole du Christ Jésus et, ainsi, replacer Dieu au centre de notre vie.

Ce Carême qui vient de commencer est une invitation à donner davantage de temps à Dieu, dans la prière qui nous rapproche de lui, la lecture de sa Parole qui nous fait prendre conscience de sa présence dans notre cœur, les sacrements qui fortifient notre volonté d'agir selon sa volonté d'amour, afin qu'il soit dans notre conscience, sur notre bouche et dans nos mains. Le Carême nous pousse à un effort qui doit ainsi nous conduire à une attention accrue aux autres et au sens du partage. C'est le moment favorable pour apprendre à ne pas négliger la véritable nourriture, spirituelle, résister aux tentations de l’indifférence et du laisser-aller, de l’orgueil et de l’égoïsme, du pouvoir et de l’argent. Car nous voyons clairement en ce moment que la tentation de la toute-puissance peut nous conduire à tout réduire en cendres. Par conséquent, méditons la manière dont Jésus a surmonté les tentations, et demandons-lui la force de lutter contre le mal.

Que ce Carême soit pour chacune et chacun le chemin d’une authentique conversion à Dieu et un temps de partage intense de notre foi en Jésus Christ.

 

Homélie du Mercredi des Cendres / ANNÉE C / Père Yves GARRUCHET

Les textes

Le thème du CCFD-Terre solidaire de cette année est un des leitmotivs du Pape François qui appelle de ses vœux une Maison commune à l'humanité entière, et qui y appelle la paix en ces jours où au-dessus de nos têtes plane la menace d'une guerre. Pour les Ukrainiens, comme pour d'autres peuples dans le monde, ce n'est plus une menace, mais la réalité de bombes qui leur tombent sur la tête, de quelque côté qu'ils soient. Certes, une prise de conscience internationale du danger encouru et un bel élan de solidarité envers les familles de cette nation entretiennent un peu d'espérance en nos cœurs. Mais de quoi donc Jésus Christ pourrait-il nous sauver sinon de nous-mêmes, êtres humains enclins à la fierté démesurée plutôt qu'à l'unité ? Et pourquoi un nouveau synode ? Peut-être bien parce qu'il nous faut sans cesse travailler à cette unité. Dans un synode sur la synodalité, je suppose que ce qui compte aux yeux du Pape, c'est davantage le chemin lui-même, à parcourir ensemble pour se rapprocher les uns des autres. Pas seulement dans une belle apparence de cohésion, mais dans la communion qui nous fait participer à l'œuvre de Dieu. Que de chemin à parcourir pour moi !

Et déjà, ainsi que les textes bibliques du jour nous le font entendre, revenir au Seigneur notre Dieu, implorer son amour selon sa grande miséricorde dans la grâce de son Esprit Saint, se laisser réconcilier avec Dieu qui nous exauce et nous secourt. Oui, que de chemin à parcourir ! Au premier dimanche de Carême, le CCFD nous invitera à rompre avec la toute-puissance, celle qui consiste à massacrer des familles pour agrandir territoire et pouvoir, mais celle aussi, plus ordinaire, qui consiste à avoir toujours raison même quand on a tort ! Au 2ème, nous serons encouragés à contempler l'univers pour y discerner la présence de Dieu qui nous aime et nous responsabilise. Au 3ème à rechercher la justice, au 4ème à oser le pardon, au 5ème enfin à construire une fraternité nouvelle.

Comment être davantage frères et sœurs, et mieux se comporter comme tels ? En suivant le Christ Jésus, me direz-vous, car c'est lui qui fait de nous des sœurs et des frères, c'est lui qui fait grandir en nous la foi. Alors quel programme nous propose-t-il dans l'évangile de cette entrée en Carême, sur le chemin qui fait de nous des sœurs et des frères ?... Partage, prière, partage et prière qui nous tournent vers la présence du Père en nous et autour de nous. Vérité du cœur, vérité des actes. Là encore, que de chemin à parcourir pour moi ! En suivant le Christ Jésus, du mieux que nous pouvons, et souvent tellement moins bien que nous ne voudrions, dans la communion de l'Esprit Saint, qui nous est donné, et à la fois souffle où il veut jusqu'à nous faire sentir si petits qu'il ne nous reste plus qu'à faire confiance, nous prions pour nous mettre humblement à l'écoute de la voix de Dieu...

Or que nous souffle cette voix ? « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le. » Saint Pierre Apôtre en témoigne, loin de comprendre ce Maître qui devient son ami, et va l'entraîner non vers la toute-puissance, mais vers le mystère de la Croix, signe d'une fraternité qui le dépasse : « À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »

 

 

Nous mettre à l'écoute, donc, des paroles de vie du Seigneur, de ce monde à contempler, et de l'autre en Église. L'écoute comme un charisme qui approfondit notre relation avec Dieu et avec les autres : que de chemin à parcourir pour moi. L'écoute pour elle-même parce que nous avons toutes et tous besoin d'être écoutés : dans ce sens, voyez les affiches, l'équipe Sion vous accueille dans ce doyenné. Dans ce sens encore, rassemblés autour de l'Évêque, comme les disciples autour des Apôtres, des représentants des services, mouvements et associations d'Église du doyenné ont ainsi réessayé de se mettre à l'écoute les uns des autres, le 8 décembre dernier, et, espérons-le, à l'écoute de la voix de Dieu, dans la communion de l'Esprit Saint, espérons-le ! qui souffle dans l'Église. Et que nous a-t-il soufflé ? En particulier une humble réflexion sur l'écoute comme premier des services auxquels Dieu nous appelle pour des relations fraternelles. C'est très humble, je vous lis le résumé qui ne vous apprendra rien, mais qui a le mérite de rendre compte des paroles échangées ce soir-là, et qui présente également le mérite de faire entendre des choses très bonnes à réentendre !

Projet de charte des relations fraternelles

L'écoute est le premier des services qui me sont demandés

Les qualités que je veux m'efforcer de développer dans mes relations avec les autres :

 

· Apprendre à me rendre disponible à l'autre et prendre le temps nécessaire pour me mettre à son écoute.

· Si je rends visite à une personne (malade hospitalisé, ou à domicile, m'assurer que celle-ci veut bien me recevoir).

· Avoir une attitude de respect et de bienveillance avec une attention particulière pour les personnes isolées, mises à l'écart, ou qui hésitent à s'exprimer en groupe.

· Penser à me mettre au même niveau que la personne que je rencontre pour la reconnaître dans sa dignité : (notamment : malade alité, personne handicapée, exclue ou marginalisée, etc...).

· Chercher à valoriser la personne qui s'exprime pour qu'elle se sente en confiance.

· Veiller à ne pas interrompre la personne que j'écoute, sauf pour lui faire préciser ce qu'elle peut avoir des difficultés à exprimer.

· Penser à reformuler ce que la personne vient d'exprimer, pour qu'elle ait l'assurance d'avoir été comprise.

· A partir de l'attitude de la personne et de ce qu'elle exprime être vigilant à ses réels besoins pour avoir une attitude qui cherche à rendre service à la personne par rapport à ses besoins, plutôt que par « complaisance ».

· Savoir écouter sans se laisser « accaparer » ; c'est à dire savoir prendre des temps de « recul ».

· En fonction de la personne rencontrée et si les circonstances s'y prêtent penser à proposer le cas échéant un temps d'écoute de la Parole de Dieu, voire de prière avec /ou pour la personne rencontrée.

· Chercher à mieux m'informer (me former) sur les situations et les caractéristiques propres aux personnes au service de qui je suis (par exemple les malades, les jeunes, etc...) pour échanger avec elles « en ayant les bonnes clefs » pour que « le courant passe ».

Le projet complet de la charte

 

 

ANNÉE B

Homélie du 5ème Dimanche de Carême / ANNÉE B / Père Yves GARRUCHET

Les textes

L'homélie

5ème mercredi de Carême (24/03 Notre-Dame) : homélie sur les textes du jour en lien avec saint Joseph dans le cadre de l’année que le Pape François lui a dédiée

Le psaume de ce jour est en fait un cantique tiré du Livre de Daniel, il s'agit du chant de Sidrac, Misac et Abdénago jetés dans la fournaise, chant qui donc s'élève surnaturellement car les trois hommes devraient être morts, chant qui par conséquent remplit Nabucodonosor de stupéfaction. Ce chant court sur 38 versets en bénissant Dieu dans toutes ses œuvres, et touchant le cœur du roi au point qu'il finira par proclamer que le Dieu de Sidrac, de Misac et d'Abdénago est le Très-Haut, et que le prophète met même dans sa bouche des mots qui ressemblent à ceux des psaumes et des cantiques juifs, entendez vous-même cela dans le verset qui suit : « Son royaume est un royaume éternel, son pouvoir s’étend d’âge en âge. »

La bénédiction se propage comme demain de l'ange Gabriel à Marie, puis de Marie enceinte du Fils du Très-Haut à

Élisabeth enceinte de Jean-Baptiste, et ensuite à Zacharie. De plus, Nabucodonosor aperçoit dans le feu ardent un être qu'il reconnaît comme ange de Dieu. Dieu n'a pas oublié ses trois serviteurs, de même que jadis il n'avait pas oublié son peuple en esclavage, et déjà alors il s'était révélé dans un feu qui ne consumait pas, dans le buisson ardent aux yeux de Moïse dont il faisait son envoyé pour libérer les Hébreux de l'empire de Pharaon.

Remontons dans le temps pour regarder Joseph être précipité dans une citerne asséchée du désert comme Sidrac, Misac et Abdénago dans la fosse de fournaise ardente, comme Daniel sera jeté dans la fosse aux lions, comme Jérémie dans la citerne où il enfonce dans la boue, mais à chaque fois Dieu intervient miraculeusement ou par un intermédiaire inattendu,

Dieu intervient pour broder la tapisserie de l'histoire sainte de son amitié avec les hommes. Joseph en Égypte, après avoir été tiré de la citerne, de nouveau se retrouve rejeté, enfermé dans une prison, et de nouveau Dieu intervient d'une façon inattendue qui tisse des liens de réconciliation entre les hommes et aussi des hommes avec Dieu. C'est tout cet héritage que porte dans son prénom celui que Dieu donne comme père à Jésus.

L'héritage d'une histoire d'alliance et de sa rupture qui remonte aux premiers temps de l'humanité.

Alors comment les Juifs de l'évangile de ce jour peuvent-ils dire au Juif Jésus qu'ils n'ont jamais été les esclaves de personne ? Alors qu'au contraire l'événement fondateur de leur croyance est la libération de la servitude de Pharaon. Les contradicteurs de Jésus s'enferment eux-mêmes dans un mensonge qui renie leur foi la plus profonde.

Puis ils ajoutent l'oubli sur le mensonge car, en affirmant qu'ils ne sont pas nés de la prostitution, ils disent vrai certes, étant donné que pour les chrétiens comme pour les Juifs le peuple a été façonné par Dieu comme un Père.

Mais ils oublient les nombreux épisodes où ce peuple a tourné le dos à son Dieu en lui préférant des idoles païennes, du veau d'or de Moïse au Baal d'Élie, tellement que ce mot de prostitution est utilisé par les prophètes pour désigner l'attitude du peuple infidèle à la tête encore et toujours aussi dure que dans le désert de Moïse. Et c'est ce même peuple à qui Jésus fait face dans l'évangile de ce jour. Non, il n'est pas libre, sous occupation militaire romaine. Dans sa religion liée au Temple de Jérusalem, certes il désobéit à l'ordre universel de vénérer l'empereur tel un Dieu, mais il est si peu libre qu'en 135, c'est-à-dire environ 100 ans seulement après la mort du Christ, il sera autorisé à entrer dans Jérusalem un seul jour par an !

Les interlocuteurs de Jésus se voilent la face en réclamant la paternité d'Abraham puis de Dieu, de qui finalement ? et curieusement pas de Moïse à qui fut confié la Loi. Oui, quand Jésus leur rappelle que la Loi a été donnée parce que l'homme est sous l'emprise du péché, ils se voilent la face.

CHAGALL

Dieu donne sa parole, elle s'inscrit sur les Tables de pierre de Moïse afin qu'elles soient inscrites dans la pratique d'un peuple. Or Jésus se présente comme cette parole qui fait vivre devant Dieu comme un ami. Cette parole n'asservit pas, mais suscite une amitié : « Marche en ma présence », avait proposé Dieu au père Abraham. Regardons Joseph qui, accueillant la parole qui lui est dite de la part de Dieu, permet à celui-ci d'intervenir pour le bien de la Sainte Famille échappant à la menace du roi Hérode.

Regardons Joseph marchant en présence de Dieu jusqu'à Bethléem, puis comme jadis le patriarche jusqu'en terre d'Égypte au service de l'oeuvre du Salut libérateur. Joseph humble et patient, serviteur et ami de Dieu, au service de la sainte entreprise de celui-ci. Heureux est Joseph qui a entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, qui l'a retenu et a porté du fruit par sa persévérance.

 

Homélie de la Fête de St Joseph / ANNÉE B / Père Yves GARRUCHET

Les textes

L'homélie

19/03/2021 ND avec 60 ans de vie consacrée pour Sœur Élisabeth

Les textes bibliques entendus parlent de Dieu comme père et évoquent sa fidélité. Nous fêtons solennellement aujourd'hui saint Joseph, époux de la Vierge Marie, figure du père pour Jésus, choisi par Dieu comme homme de fidélité. C'est ainsi une célébration du mariage. Saint Joseph mena dans son couple et dans le foyer qu'il fonda avec la Vierge Marie une vie consacrée.

Car c'est à la demande de Dieu que Joseph alla jusqu'au bout de ses fiançailles et accueillit l'enfant Jésus. N'est-ce pas une consécration que d'être le gardien du Christ annoncé et de sa mère, protecteur de la mère de Dieu, protecteur de l'Église Corps du Christ ?

Ainsi cela avait du sens que Sœur Élisabeth s'engage dans la vie consacrée un 19 mars, il y a 60 ans. Et elle a tenu fidèlement cet engagement en une période mouvementée pour l'Église, une de plus, certes, mais c'est l'occasion de rendre grâce pour une fidélité qui nous encourage à inscrire notre foi dans la durée. Et comme il lui en a fallu, à Joseph aussi, de la confiance en Dieu par rapport à un engagement qui le dépassait. Mais comme Abraham il marcha avec Dieu pour l'accomplissement de la vocation de Marie et de la mission de Jésus. Quelle joie de partager la vie de Marie et de Jésus ! Quoique cela ne soit pas précisé dans l'évangile correspondant, dans une petite église à 23-24 km d'ici, sur le vitrail du mystère joyeux de la Visitation, on distingue en retrait Joseph et Zacharie, témoins de la scène de la rencontre entre Marie et Élisabeth. Merci, Élisabeth, pour la joie apportée à tant d'enfants, de jeunes et d'adultes au long de ton engagement apostolique dans la congrégation Saint-Joseph-de-Cluny.

J O S E P H

 

J comme dans Mère Javouhey,

O à l'Origine d'ouvrier de miséricorde,

S de la Sainteté du quotidien chère au Pape François,

E comme Écoute la volonté de Dieu,

P au début de ce cœur de Père,

H au commencement de l'Humanité du Christ Jésus qu'ont fait grandir Marie... et Joseph.

Homélie du 3ème Mercredi de Carême / ANNÉE B / Père Yves GARRUCHET

Les textes

L'homélie

3ème mercredi de Carême (10/03 Notre-Dame) : homélie sur les textes du jour en lien avec saint Joseph dans le cadre de l’année que le Pape François lui a dédiée

Le Livre du Deutéronome dont la Première lecture nous a fait entendre un passage est le livre du choix : que choisissons-nous ? le chemin de la vie ou celui de la mort ? Joseph pouvait faire condamner Marie à mort, mais a choisi la vie : alors Dieu l'a choisi. Joseph pouvait fermer son cœur aux avis du Seigneur, mais a choisi de les écouter et, ce faisant, sauva la vie de sa femme et de l'enfant qu'elle venait de mettre au monde : comme les mages, il repartit par un autre chemin ;

et, comme les Apôtres qui choisirent de suivre le Christ Jésus contre toute espérance, il emprunta la voie escarpée qui le conduisait à accomplir la volonté de Dieu. Élu de Dieu, il conserva ses décrets et ordonnances, offrant au Temple de Jérusalem le sacrifice prescrit pour un fils premier-né, apprenant à celui-ci à observer la Loi juste, transmettant le dépôt sacré à Jésus comme Dieu lui-même l'avait jadis transmis à Moïse.

Oui, dans sa fidélité à la foi, Joseph fut un père pour Jésus, et contribua pour sa part à former en lui le Christ. Contemplons ainsi en saint Joseph l'œuvre du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit mystérieusement à l'œuvre en nous à travers la confiance que nous mettons en Dieu. Le Dieu Créateur qui, chante le psaume, « étale une toison de neige et sème une poussière de givre » est aussi celui qui envoie sa parole sur la terre » : puissions-nous accueillir cette parole tel saint Joseph marchant avec Dieu vers l'inconnu, et qui montre à Jésus comment accomplir les commandements divins en prenant à cœur les humbles activités ordinaires, en ne négligeant pas l'importance d'une petite pièce dans le grand ensemble d'une charpente.

Qui voit Jésus voit également l'homme au cœur de père qui l'a guidé pour aller à l'essentiel. Dans sa petitesse de modeste charpentier de l'obscure Nazareth, Joseph est grand dans le Royaume des Cieux, lui à qui Dieu a cru bon de confier sa Parole vivante, et celle qu'on appelle la Mère de Dieu, et le trône de la Sagesse incarnée.

Grand saint Joseph, veillez sur le Pape François marchant avec Dieu sur les pas d'Abraham au Moyen-Orient, faites fructifier ce signe de paix pour que grandisse le désir de la réconciliation dans tous les cœurs qui battent au sein de la Maison commune

« Protégez, saint Gardien, notre pays. Éclairez les responsables du bien commun, afin qu’ils sachent – comme vous – comment prendre soin des personnes qui leur sont confiées. Donnez l’intelligence de la science à ceux qui recherchent des moyens adéquats pour la santé et le bien-être physique de leurs frères et sœurs. Soutenez ceux qui se dépensent pour les nécessiteux : bénévoles, infirmières, médecins, qui sont en première ligne pour soigner les malades, même au prix de leur propre sécurité. Bénissez, saint Joseph, l’Église : à commencer par ses ministres, faites d’elle un signe et un instrument de lumière et de bonté. Accompagnez, saint Joseph, les familles : par votre silence priant, construisez l’harmonie entre les parents et les enfants, surtout les plus petits. Préservez les personnes âgées de la solitude : ne laissez personne dans le désespoir de l’abandon et du découragement.

Réconfortez ceux qui sont plus fragiles, encouragez ceux qui vacillent, intercédez pour les pauvres. Avec la Vierge Marie, priez le Seigneur de libérer le monde de toute forme de pandémie. Amen. »

(Prière du Pape François)

 

Homélie du 4ème Mercredi de Carême / ANNÉE B / Père Yves GARRUCHET

Les textes

L'homélie

4ème mercredi de Carême (17/03 Notre-Dame) : homélie sur les textes du jour en lien avec saint Joseph dans le cadre de l’année que le Pape François lui a dédiée

Trompé, bafoué, blessé dans son amour pour sa femme, Gomer, que Dieu lui a demandé d’épouser, Osée est le prophète qui pardonne la faute de celle qui est « infidèle ». Ainsi, dans un langage passionné, Osée déclare sa flamme à sa femme, Gomer.  « Je vais la séduire, » commence-t-il par dire, « et je lui parlerai cœur à cœur. En ce jour-là, tu m’appelleras : “Mon époux” et non plus : “Mon Baal”. Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ; je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur ». « Tu ne m'appelleras plus : « Mon Baal », c'est-à-dire « Mon Propriétaire » : Osée veut donc la délivrer de l'esclavage de l'idolâtrie, et la faire entrer dans un partenariat.

« Je ne vous appelle plus serviteurs, » dira de même Jésus à ses Apôtres, « car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » Ce disant, Jésus les fait entrer dans une amitié qui les met en présence du Père Créateur. Il s'agit pour Dieu de nous faire accéder à une dignité véritable. Comment en effet pourrait-il oublier son peuple ? Il envoie par conséquent le prophète Isaïe pour relever le pays : « Je t’ai établi, pour que tu sois l’alliance du peuple ».

La parole du prophète est parole de Dieu, or la parole de Dieu est promesse, à laquelle son peuple est invité à répondre en scellant de la sorte l'alliance avec son Dieu. Quelle réponse Dieu attend-il ? Que le peuple lui revienne dans la joie. Dans l'allégresse des noces de Dieu avec l'humanité symbolisée par la ville sainte ; pour cela, celle-ci doit se repentir d'avoir douté de l'amour fidèle de Dieu : « Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. » Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » Une fois que Dieu a fait son choix, il s'y tient ; « je t'ai établi » disait-il à Isaïe en lui conférant la force de l'Esprit pour le salut du peuple. Et Jésus à son tour : « C’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. » Cette intimité avec le Père éternel dont parle Jésus, il la vit sans cesse et la décrit dans l'évangile : « Ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. »

Jésus décrit sa relation filiale au Père, et nous invite à la faire nôtre car en faisant les œuvres du Fils alors nous ferons celles du Père : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père, et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. » C'est depuis cette intimité avec le Père que le Fils peut affirmer qu'il est « la résurrection et la vie ».

Dieu a choisi saint Joseph pour être dans l’intimité l'image du père pour l'enfant, l'adolescent, l'adulte Jésus. L'homme Joseph plaisait à Dieu tout autant que la femme Marie était à ses yeux l'élue. Nous pouvons nous les représenter tous deux comme le psaume représente le Seigneur Dieu, pratiquant la tendresse et la compassion, la patience et la charité, cultivant pour la Création et les pauvres le sens de la solidarité auquel le Pape François ne cesse de nous exhorter avec son souci de la Maison commune. Oui, Sainte-Famille, Maison Commune. Par le Christ Jésus nous sommes de la famille et de la maison de Joseph et de Marie : quel bonheur ! Nous pouvons nous les représenter accordant leurs actes à leurs pensées, leurs sentiments et leurs paroles, vivant de cette manière dans la vérité devant Dieu, cherchant son chemin, plaçant leur confiance en Dieu à travers les événements et les épreuves, scrutant dans la prière les signes du Seigneur. Comment Joseph, avec Marie, n'aurait-il pas appris tout cela à Jésus ?

Joseph le juste qui ne juge pas mais fait miséricorde. Ne ressemble-t-il pas au Père décrit par Jésus ? « Car le Père ne juge personne : il a donné au Fils tout pouvoir pour juger ». Et que dit le Fils ? « Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. » Ce que Jacques Apôtre dans sa Lettre commentera dans ces termes : « Parlez et agissez comme des gens qui vont être jugés par une loi de liberté. Car le jugement est sans miséricorde pour celui qui n’a pas fait miséricorde, mais la miséricorde l’emporte sur le jugement. » Écoutons enfin le slam du Père Dominique Auduc, qui évoque comment saint Joseph, le mari de Marie, choisit la joie éternelle plutôt que d'être à jamais marri, et s'est ajusté à cette loi de liberté : c'est juste du bonheur !

Joseph, son époux, était un homme juste !

Mais il lui a fallu s'ajuster...

C'est de justesse qu'il s'est ajusté :

il a failli la répudier.

 

Il s'est ajusté à la parole de l'ange,

il s'est ajusté au projet de Dieu,

il a ajusté son amour pour Marie

à l'amour de Dieu.

 

Il aurait pu la répudier :

pour la Loi, c'était juste et justifié.

Mais, pour Marie, ç'eût été injuste !

Joseph a préféré la justice de Dieu

à la justice injuste des hommes.

 

Et c'est ainsi que déjà...

Jésus eut affaire avec la justice...

sans avoir rien demandé !

 

Homélie du 3ème dimanche de Carême / ANNÉE B / Père Yves GARRUCHET

Voir l'Évangile

Vous vous souvenez des grands travaux réclamés par Jean-Baptiste pour mieux voir Dieu, Jean-Baptiste s'inspirant lui-même de la réclamation déjà faite sept siècles auparavant par le prophète Isaïe : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! » On dirait les travaux sur la RCEA à Blanzy ! Dans les travaux importants pour mieux voir, je rappelle que l'éclairage de cette église a été rénové, et que vous pouvez encore remplir les feuilles de souscription comme celle-ci afin d'en boucler le financement !

Et pour qu'on puisse mieux voir Dieu sur la Terre, celui-ci édicta les fameux Dix Commandements, sorte de Douze Travaux d'Hercule du croyant : adorer Dieu, l'aimer de tout son être, de sorte que cet amour rejaillisse aussi sur mon prochain, à commencer par le plus proche, mon père, ma mère, etc. ; respecter la vie et ce qui la permet ; ne pas vivre dans la malhonnêteté, le mensonge ni la cupidité : autrement dit, éviter ce qui fait dévier du chemin à la rencontre du Seigneur. Car, chante le Psaume pour répondre à la Première lecture, « les préceptes du Seigneur sont droits, son commandement clarifie le regard. »

Pour aimer et comprendre, en effet, il nous faut changer de regard, adopter celui que Dieu porte sur la Création, sur la nature et sur l'être humain : Dieu vit que cela était bon, répétait le Livre de la Genèse.

L'homme cependant a tendance à tout vouloir s'approprier, son environnement autant que son prochain, mais changer de regard, c'est aussi accepter que Dieu dépasse nos limites : honorer son père et sa mère, ne pas tuer, voilà des préceptes raisonnables. Mais se revendiquer d'un homme-Dieu mort en croix comme un meurtrier, voilà qui est moins raisonnable. Et reconnaître Dieu Tout-Puissant dans cet homme défiguré par la souffrance, voilà qui relève de la folie. Car la sagesse de Dieu nous dépasse et relève de la passion. Dieu nous aime passionnément, voilà qui peut même apparaître déraisonnable. Et c'est ainsi qu'apparaît Jésus, dans l'évangile de ce jour, aux yeux des croyants qui révèrent Dieu dans son Temple saint : en chassant l'activité économique qui tourne autour des sacrifices, il semble en effet s'attaquer directement à la religion. Mais en réalité il ne cesse pas d'être profondément relié à Dieu en faisant cela, car en faisant cela il assume tout l'héritage des prophètes affirmant que ce que Dieu désire vraiment, ce n'est pas la fumée des sacrifices d'animaux. Se contenter de cela, c'est placer Dieu au rang des idoles païennes.

Non, ce que Dieu désire de tout son être, c'est la justice et la miséricorde. C'est donc une religion de pure forme qui met Jésus en colère, parce qu'elle oublie les laissés-pour-compte, c'est-à-dire les pauvres de Dieu, ceux-là même dont il proclame que le Royaume des Cieux leur appartient. Vraiment, Dieu ne regarde pas comme nous. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins », proclamait Dieu par la bouche d'Isaïe. Pour illustrer cet écart entre notre façon de penser et celle de Dieu, je reviens à la Première lecture où s'exprime une société dans laquelle l'homme possède tout : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne ». Mais avec Dieu les derniers deviennent les premiers : à la Crèche c'est l'enfant sans parole qui devient Parole de Dieu, c'est la femme dont le rôle est valorisé comme central tandis que saint Joseph se fait une gloire de rester dans l'ombre, ce sont les humbles de la société en la personne des bergers qui reçoivent les premiers la lumineuse révélation, les bergers mal famés parce que leur métier les empêchait de pratiquer la religion comme il faut, c'est le bœuf et l'âne qui prennent une dimension qu'on n'accordait pas à de simples animaux domestiqués.

Dieu projette son ombre et tout devient lumière pour qui veut bien adapter son regard à une réalité qui nous dépasse. Dieu ne sert pas son intérêt propre mais se fait serviteur d'une réalité renouvelée.

Dans ce sens, après avoir appelé à un changement de regard, proposé des heures de travaux de secrétariat, et lancé un appel à des travaux de rénovation d'éclairage, je voudrais humblement émettre encore d'autres avis de recherche, toujours en urgence :

on cherche un électricien pour rétablir le courant entre les gens qui ne se parlent plus ! On cherche un opticien pour changer le regard des gens, un artiste pour dessiner un sourire sur tous les visages, un maçon pour bâtir la paix, un jardinier pour cultiver la pensée, et un professeur de maths pour nous réapprendre à compter les uns sur les autres...

On a tant besoin.

Alors voici encore quelques demandes que nous adressons au Seigneur, dans la mémoire de nos chers défunts, et que nous lit Michaël en pensant à son frère Laurent :

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant cette prière écrite au début des années 1980 sur le livre de poésie. Je n'avais pas pensé qu'elle résisterait au temps ni qu'elle pourrait me revenir dans les mains d'une manière aussi prégnante, aussi douloureuse. Mais quand je l'ai relue, je n'ai pas eu honte de ce que nous avions écrit. Je crois aux signes. De cette manière, nous mettons dans notre cœur une vibration positive que nous devons nous communiquer.

Seigneur, protégez nos doutes, car le DOUTE est une manière de prier. C’est lui qui nous fait grandir, car il nous oblige à regarder sans crainte les nombreuses réponses à une même question. Et pour que ce soit possible,

Seigneur, protégez nos décisions, car la DÉCISION est une manière de prier. Donnez-nous du courage pour que, après le doute, nous sachions choisir entre un chemin et l’autre. Que notre oui soit toujours un oui, et notre non toujours un non. Qu’une fois le chemin choisi, nous ne regardions jamais en arrière, et que notre âme ne soit jamais rongée par le remords. Et pour que ce soit possible,

Seigneur, protégez nos actions, car l’ACTION est une manière de prier. Faites que notre pain quotidien soit le fruit de ce que nous portons en nous de meilleur. Que nous puissions, par le travail et l’action, partager un peu de l’amour que nous recevons. Et pour que ce soit possible,

Seigneur, protégez nos rêves, car le RÊVE est une manière de prier. Faites que, quels que soient notre âge et notre situation, nous sachions garder vive dans notre cœur la flamme sacrée de l’espoir et de la persévérance. Et pour que ce soit possible,

Seigneur, donnez-nous toujours l’enthousiasme, car l’ENTHOUSIASME est une manière de prier. C’est lui qui nous relie aux cieux et à la terre, aux hommes et aux enfants, et nous dit que le désir est important et mérite nos efforts. C’est lui qui nous affirme que tout est possible, du moment que nous sommes totalement engagés dans ce que nous faisons. Et pour que ce soit possible,

Seigneur, protégez-nous, car la VIE est le seul moyen que nous avons de manifester votre MIRACLE. Que la terre continue à transformer la semence en blé, que nous continuions à changer le blé en pain. Et ce n’est possible que si nous avons de l’Amour - par conséquent, ne nous abandonnez jamais à la solitude. Donnez-nous toujours votre compagnie, et la compagnie d’hommes et de femmes qui ont des doutes, agissent, rêvent, s’enthousiasment et vivent comme si chaque jour était totalement consacré à votre gloire.

Amen.

 

Homélie du 2ème Mercredi de Carême / ANNÉE B / Père Yves GARRUCHET,  curé

Les textes

 

"Allons, attaquons-le" (Jr 18, 18-20)

Ps: (30 (31), 5-6, 14, 15-16)

« Ils le condamneront à mort » (Mt 20, 17-28)

L'homélie

2ème mercredi de Carême (03/03 Notre-Dame) : homélie sur les textes du jour en lien avec saint Joseph dans le cadre de l’année que le Pape François lui a dédiée

Dans l'évangile de la Transfiguration rapportée par saint Marc, que nous avons entendu dimanche dernier, Pierre, Jacques et Jean entendent les premiers la révélation que Dieu est Père, Jacques et Jean, les mêmes que dans l'évangile de ce jour, et voici cette révélation :

« Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Dieu est Père et fait de son Fils son messager : « Écoutez-le ! » Dieu est Père et possède un cœur capable d'aimer : «  Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Or, lorsque Jésus apprend à ses disciples à prier en disant : « Notre Père », ce faisant il fait comprendre qu'avec lui, en lui et par lui, Jésus, cette paternité s'étend à nous qui prions avec le Fils bien-aimé. Dieu est ainsi notre Père. Merveilleuse révélation de l'amour du cœur de Dieu le Père pour son Fils, et à travers le Fils pour chacune et chacun de nous. Cette révélation ne s'impose pas, elle est proposée à notre confiance en Jésus. Le Créateur ne se montre pas, mais laisse entendre sa voix de l'intérieur de la nuée. La formulation de Marc n'est pas sans rappeler celle de l'Annonciation de Luc : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». La nuée de Marc devient dans Luc l'Esprit Saint, puissance du Très-Haut.

Il revient à Jésus de manifester la lumière éclatante de Dieu pour que l'ombre ne s'impose pas, mais laisse au disciple la liberté de la confiance. « Adorer le Christ », affirme dans ce sens Monseigneur Vingt-Trois, « c'est accepter qu'il ne se passe rien, c'est accepter dans la foi que sa présence ne s'impose pas. »

Ainsi les trois Apôtres doivent-ils accepter, à l'issue de cet épisode de la Transfiguration, de se retrouver de nouveau face à un Jésus ordinaire. L'évangile de ce jour nous montre cependant, par le souci qui taraude les Apôtres de rechercher les premières places, combien ils ont du mal à renoncer à appeler de leurs vœux un Jésus triomphal.

Le Pape François, dans sa lettre apostolique à l'occasion du 150ème anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme Patron de l'Église universelle, cite un romancier polonais selon lequel la figure de Joseph est pour Jésus l'ombre sur la terre du Père céleste. Le père apprend tout au fils, à qui revient de manifester la miséricorde du père. Comme le Pape François, j'imagine que Jésus a tiré l'image du père aux deux fils de la façon dont Joseph assumait sa charge de protecteur tout en respectant la liberté personnelle, comme Joseph avait déjà respecté celle de Marie en ne souhaitant pas la contraindre au mariage. J'imagine saint Joseph à l'image du père du fils prodigue qui ne condamne pas, mais relève.

Ce mouvement d'ascension que prendra Jésus, nous le trouvons chez Joseph à chaque fois que Dieu l'avertit en songe : alors il se lève - c'est d'ailleurs ce que fait le Ressuscité -, puis Joseph agit conformément à l'avis de Dieu - tel Jésus dans son obéissance au Père, c'est-à-dire dans la manière dont il accomplit la volonté de Dieu parce qu'il choisit de lui faire confiance -. Cette obéissance est en fait l'écoute attentive de la Parole de Dieu, en vue de la mettre en pratique, et le Père nous exhorte à la même attitude envers le Fils : « Écoutez-le ! » En Joseph le juste comme en Jésus prônant la justice, justesse et justice font alliance. Il s'agit dans les deux cas de s'ajuster à la volonté de Dieu, d'ajuster son cœur, sa pensée, sa parole et ses actes à la volonté de Dieu.

Dans cet esprit, Jésus prend courageusement le chemin de Jérusalem car il sait que c'est là que doit s'accomplir la volonté de Dieu pour la révélation de sa miséricorde. Au jardin de Gethsémani, il choisit de boire la coupe de souffrance qu'on lui tend dans l'esprit du serviteur qui renonce à lui-même pour mener à bien sa mission.

Par son patient métier de travail du bois, Joseph savait l'importance d'épouser l'effort à produire pour mener à bien son ouvrage ; il est probable aussi que, sans abandonner cette sorte de maîtrise-là, il enseigna à Jésus que, dans les difficultés de la vie, nous ne devons pas craindre de laisser à Dieu le gouvernail de notre bateau car parfois nous voudrions tout contrôler, mais Dieu regarde toujours plus loin. Joseph a de la sorte fait face à de pénibles voyages pour Marie et Jésus, à des migrations successives dans son rôle d'époux et de père. Sa foi en Dieu, semblable à celle d'Abraham qui lui également partit sur la Parole de Dieu, lui permit de rester stable dans les tempêtes de la vie.

Et il contribua donc par son expérience à accompagner Jésus dans l'interprétation des Saintes Écritures comme la Première lecture et le Psaume de ce jour, et du coup à permettre à Jésus à son tour de puiser dans les textes sacrés des forces pour affronter la réalité des accusateurs qui ne manquent pas de se présenter pour détruire, que ces accusateurs se présentent sous la forme de personnes ou d'événements.

Certes le Tentateur peut utiliser nos propres épreuves et angoisses afin de nous détruire en nous fragilisant. Néanmoins souvenons-nous que Dieu le premier passe par nos fragilités pour nous rejoindre, présent dans l'ombre comme dans la lumière ; un texte magnifique du 19ème siècle, de Sœur Marie-Aimée de Jésus, rappelle cela avec la force du contraste : « Jésus au Très Saint Sacrement est tout à la fois grand et petit, riche et pauvre, triomphant et humilié, fort et faible, puissant et dépendant, libéral et indigent, immense et renfermé, immuable et changé, jouissant et souffrant d'une manière mystique, vivant et immolé, glorieux et dans l'ombre, beau et sans éclat, assis à la droite de son Père et enseveli dans le linceul des saintes espèces. » N'ayons par conséquent pas peur de nous confier à celui que les Évangiles laissent dans l'ombre révélatrice de son cœur de père, à celui qu'on représente à la Crèche avec la lampe du veilleur car Dieu lui lui-même se confia à sa garde à l'heure où les ténèbres cherchaient à l'emporter. Oui, confions-nous au gardien de Marie et de Jésus, à cet intercesseur efficace, en disant avec le Pape François :

« Salut, gardien du Rédempteur, époux de la Vierge Marie. À toi Dieu a confié son Fils ; en toi Marie a remis sa confiance ; avec toi le Christ est devenu homme. Ô bienheureux Joseph, montre-toi aussi un père pour nous, et conduis-nous sur le chemin de la vie. Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage, et défends-nous de tout mal. Amen. »

 

Homélie du 2ème dimanche de Carême / ANNÉE B / Patrice RÉTY, diacre 

Voir l'Évangile

Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant ! Gloire à toi, Seigneur !

De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! »

Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant ! Gloire à toi, Seigneur !

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (9, 2-10) 

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu,

avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

Les lectures de ce dimanche nous amènent au sommet d'une montagne. Dans le premier texte, il s'agit de la montagne de Moriah ; c'est le lieu du sacrifice d'Abraham.

Dans l'Évangile, c'est le Tabor, lieu où Jésus a été transfiguré devant ses disciples les plus proches.

Et dans la seconde lecture, l'apôtre Paul nous renvoie à la montagne du Calvaire. C'est là que Jésus a été livré et crucifié pour nous. 

Dans l'Évangile, nous voyons Jésus se retirer sur la montagne, loin de la foule, de préférence la nuit. C'était pour lui un lieu de rencontre privilégié avec le Père dans une prière silencieuse.

Et puis, nous n'oublions pas la montagne des béatitudes. Jésus y a proclamé des paroles très fortes d'amour et de vie. Pourquoi cette insistance sur la montagne ? Il faut savoir que dans le monde de la Bible, c'est un lieu symbolique très fort. C'est le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu.

On ne nous demande pas de gravir la montagne, de nous élever ! L'important c'est peut-être de prendre de la hauteur par rapport à ce que nous vivons. Trop souvent, nous nous laissons accaparer par les soucis de la vie, les problèmes matériels. Et nous avons du mal à entendre les appels du Seigneur qui nous invite à venir à lui. Le Carême c'est un temps de retraite.

Nous sommes en marche vers la Pâque du Christ. Le grand message de ces lectures c'est toujours un appel à avancer. 

                Vivre le Carême, c'est gravir la montagne et se mettre à l'écoute de Jésus. On n'y parvient pas tout de suite. Il faut de la patience et du courage. Il faut monter pour contempler les choses. Gravir la montagne c'est prendre le temps de l'écoute, c'est se réserver chaque jour du temps pour la prière.

Malheureusement, nous ne savons pas assez faire silence pour écouter Dieu qui nous parle, qui nous invite, qui nous aime et qui attend notre réponse. Prier, ce n’est pas seulement réciter des formules, c'est accueillir Dieu dans notre cœur et lui répondre.

La vraie prière c'est montrer à Dieu que nous l'aimons. C'est ainsi que le Christ nous apprend à prier. Nous sommes là pour nous "ajuster" à lui et à son amour. Et nous y puisons force et courage pour continuer notre route. Même si notre prière ne nous conduit pas à une transfiguration comme celle de Jésus, elle peut nous apporter une paix et une sécurité qui nous redonne force et confiance. Nous pourrons ainsi marcher en présence de Dieu tout comme Abraham et bien d'autres après lui.

Si nous ne gravissons pas cette montagne avec Jésus, nous manquerons quelque chose d'absolument essentiel. Il est urgent que nous mettions le Christ au centre de notre vie.

Sur ce chemin de la Transfiguration, nous entendons la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » Retenons bien cet appel à « écouter ». Écouter les demandes de Jésus, mais aussi - écouter - mon prochain : et c’est important car il semble que nous ayons un peu perdu cette faculté. De nos jours, il est plus facile d’écouter le tout-venant : des informations, des chansons, de la musique, des messages publicitaires, des discours. Mais il est rare que nous écoutions une parole, c'est-à-dire quelqu'un. C'est ainsi qu'on peut passer à côté de bien des souffrances sans les voir et sans les entendre, on peut passer à côté d’une grâce vécue par un proche et qui aimerai partager ce moment-là. Écouter, c’est nous libérer du sommeil de l’individualisme et de la tristesse. Nous sommes un peu comme Pierre qui ne sait pas très bien comment faire et quoi dire en proposant à Jésus de dresser trois tentes, une pour lui, une pour Moïse et une pour Elie. Mais la voix du Père se fait entendre pour l'inviter à voir les choses différemment : ces tentes, il faut les construire dans le monde, dans les cœurs endurcis des humains, dans la vie ordinaire. Dans la Bible, la tente c'est le lieu de la présence de Dieu. Dieu voit ce monde défiguré par la haine, les guerres, les violences de toutes sortes. Or c'est dans ce monde que Dieu veut habiter. Et il compte sur nous pour lui construire une demeure digne de lui. Il nous invite à construire un monde rempli de son amour. Cette beauté qui est en lui, Jésus veut nous en revêtir en nous faisant partager sa divinité.

Ecoutons-le dans la prière, loin des tracas, loin des bruits extérieurs sans les ignorés bien sûr, mais dans le silence intérieur. Si Dieu seul peut nous transfigurer, mettons entre les mains de la Vierge Marie l'objectif d'atteindre notre vraie "trans-figuration" dans son Fils Jésus-Christ.

Homélie du 1er Mercredi de Carême / ANNÉE B /Père Yves GARRUCHET, curé

Les textes

« Les gens de Ninive se détournèrent de leur conduite mauvaise » (Jon 3, 1-10)

Tu ne repousses pas, ô mon Dieu,
un cœur brisé et broyé. (Ps 50, 19b)

« À cette génération il ne sera donné que le signe de Jonas le prophète » (Lc 11, 29-32)

L'homélie

Homélie sur les textes du jour en lien avec saint Joseph dans le cadre de l’année que le Pape François lui a dédiée

« Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, cet homme adultère et cette femme seront mis à mort. » C'est dans la Loi, au chapitre 20 et au verset 10 du Livre du Lévitique. Ce verset, avant d'être une condamnation, est l'affirmation du caractère sacré du mariage. Car dans les Dix Commandements il est d'abord dit : « Tu ne tueras pas. » Vous avez entendu que la condamnation en pareil cas porte sur l'homme et la femme, or en Jean 8 les pharisiens amènent à Jésus une femme prise en situation d'adultère dans l'intention de la lapider, mais ils ont visiblement et sans doute volontairement oublié l'homme. « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi » (Mt 19,8). Mettons-nous à présent à la place de Joseph qui ne sait plus quoi penser en voyant le ventre de Marie s'arrondir. Ils n'ont pas encore couché ensemble. Il est soumis à la Loi qu'il respecte, mais également tenu par une interprétation qui en respecte l'esprit.

C'est un homme juste, nous dit saint Matthieu. Il cherche à s'ajuster à la volonté de Dieu. C'est un homme qui, pour reprendre les termes de la Première lecture de ce jour, cherche à se détourner de toute conduite mauvaise et de tout acte de violence. La vengeance n'est pas dans son cœur, et la lapidation de la femme qu'il aime lui répugne. Il envisage alors un compromis, à savoir ne pas la dénoncer publiquement pour lui éviter cette mort ignominieuse, et la renvoyer en secret pour ne pas la contraindre non plus à l'épouser.

Mais intervient un ange dans un songe qui lui révèle la volonté de Dieu et que l'enfant vient de l'Esprit Saint. Un homme juste, c'est aussi l'expression que saint Luc applique à Syméon, le vieil homme à qui l'Esprit Saint révèle que l'enfant vient de Dieu, qu'il s'agit du Christ attendu. Comme Syméon, Joseph est ouvert à l'action du Saint-Esprit, il n'endurcit pas son cœur tel Pharaon refusant de voir les signes de Dieu. « Au commencement », disait Jésus venu révéler la vérité de la Loi. Oui, Joseph est un homme du commencement, et il convient tout à fait que soit remis entre ses mains, à sa garde et sous sa protection, le renouvellement de toutes choses apporté avec lui par cet enfant, l'homme à qui fut ainsi confiée

la Sainte Entreprise de Dieu, pour reprendre le titre du livre de Pascale Cornuel (Alma Editeur), portant sur l'oeuvre évangélisatrice de la bienheureuse Anne-Marie Javouhey et de ses Soeurs de Saint-Joseph-de-Cluny jusqu'en terres païennes.

Or le Livre du prophète Jonas et l'évangile de ce jour proclament la Bonne Nouvelle d'un renouveau qui n'est pas destiné aux seuls justes, mais encore aux païens ouvrant leur cœur au message de Dieu qui nous exhorte à devenir meilleurs.

À la grande surprise du prophète Jonas qui n'y croyait pas, les habitants de Ninive se convertissent immédiatement. À cet exemple d'ouverture du cœur, Jésus, dans l'évangile, ajoute celui de la reine de Saba voyageant comme les rois mages guidée par l'étoile de la sagesse. Saint Paul eut lui-même la révélation que Dieu appelle tout être humain sans distinction, les Actes des Apôtres nous le rapportent au chapitre 18, verset 10, à propos de la Grèce antique, qui affectionnait une tout autre sagesse et des courants mystiques très différents :

« Dans cette ville de Corinthe j'ai pour moi un peuple nombreux », révéla Dieu à l'Apôtre des nations païennes. Jésus a baigné dans ce contexte lorsque Joseph et Marie durent se réfugier dans la communauté juive d'Alexandrie. Et le christianisme a su tirer des richesses de la philosophie grecque, comme de la symbolique de religions proche-orientales telle le Soleil invaincu de Mithra.

Dans ce contexte, Joseph, fils de David, reçut le dépôt de la foi en Jésus, Chemin, Vérité, et Vie. À la suite de saint Joseph, quel héritage pouvons-nous aujourd'hui tirer du psaume 50 attribué au roi David venant d'envoyer en première ligne de combat un homme, dans l'espoir de sa mort et de s'approprier sa femme ? Il ne tue pas lui-même cet homme, mais souhaite sa mort. Et il traite la femme dont il est amoureux davantage comme un objet de désir que comme une personne à part entière. Mais son cœur revient au Seigneur. David comprend alors l'importance du repentir véritable aux yeux de Dieu. Et que celui-ci reste fidèle à sa parole, c'est-à-dire que Dieu ne cesse pas pour autant de croire en lui. David en est bouleversé, et comprend aussi que Dieu, aux sacrifices de sang et de fumée, préfère celui qui consiste à faire sa volonté, à s'y engager tout entier. Dieu lui-même reconnaît que David est un homme selon son cœur, et David élève son fils Salomon de sorte que celui-ci désire le discernement pour conserver une conduite digne de Dieu. David comprend encore que ce n'est pas la crainte que Dieu recherche en nous, mais l'amour. Voici d'ailleurs ce que dit le Pape François dans sa lettre apostolique sur saint Joseph : « Ce que Dieu a dit à notre saint : « Joseph, fils de David, ne crains pas » (Mt 1, 20), il semble le répéter à nous aussi :

"N’ayez pas peur !". Il faut laisser de côté la colère et la déception, et faire place, sans aucune résignation mondaine mais avec une force pleine d’espérance, à ce que nous n’avons pas choisi et qui pourtant existe. Accueillir ainsi la vie nous introduit à un sens caché. La vie de chacun peut repartir miraculeusement si nous trouvons le courage de la vivre selon ce que nous indique l’Évangile. Et peu importe si tout semble déjà avoir pris un mauvais pli et si certaines choses sont désormais irréversibles.

Dieu peut faire germer des fleurs dans les rochers. Même si notre cœur nous accuse, il « est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » (1 Jn 3, 20). » N'ayons donc pas peur de revenir au Seigneur, et de suivre l'exemple de saint Joseph dont le Pape François dit encore : « Joseph n’est pas un homme passivement résigné. Il est fortement et courageusement engagé. L’accueil est un moyen par lequel le don de force qui nous vient du Saint Esprit se manifeste dans notre vie.

Seul le Seigneur peut nous donner la force d’accueillir la vie telle qu’elle est, de faire aussi place à cette partie contradictoire, inattendue, décevante de l’existence. »

Alors pourquoi ne ferions-nous pas à notre tour confiance à saint Joseph ? Confions-nous donc à son intercession au moyen de cette prière du Pape : « Salut, gardien du Rédempteur, époux de la Vierge Marie. À toi Dieu a confié son Fils ; en toi Marie a remis sa confiance ; avec toi le Christ est devenu homme. Ô bienheureux Joseph, montre-toi aussi un père pour nous, et conduis-nous sur le chemin de la vie. Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage, et défends-nous de tout mal. Amen. »

 

Homélie du 1er dimanche de Carême / ANNÉE B /Père Yves GARRUCHET, curé

Voir l'Évangile

Au commencement, sous un ciel ténébreux, l'eau recouvrait une terre informe et vide. Alors Dieu fit un peu de lumière, puis se décida à mettre un peu d'ordre dans tout cela en distinguant plus clairement les éléments les uns des autres. Ce fut ainsi qu'il sépara les eaux pour faire apparaître la terre ferme, et ce ne fut qu'ensuite qu'il créa la vie végétale, puis animale, enfin l'homme et la femme. Si donc le déluge recouvre de ses eaux la terre ferme, ainsi que toute vie végétale et animale, c'est que c'est grave. Dieu avait déclaré que sa création était bonne, et voilà qu'il semble faire marche arrière. Écoutons à ce sujet le Pape François dans Laudato si' : « Le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d'amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. »

Oui, ainsi que l'affirme l'actuel représentant de saint Pierre, Dieu n'a en fait pas perdu son objectif de vue car l'arche qui flotte sur les eaux porte en son sein un couple de chaque espèce animale et la nourriture correspondante, sous la protection d'une famille humaine. Autrement dit, elle porte en son sein l'espérance d'une création renouvelée. Dieu est lent à la colère, et garde sa cible dans sa visée. Oui, le péché des hommes le met certes en colère, ce mal qu'ils commettent sans cesse au point qu'il submerge le monde tel un déluge infernal. Mais Dieu garde sa cible dans sa visée pour toucher au cœur. Alors il place son arc de combat en le tournant vers le ciel, vers lui-même, de manière à faire comprendre son pardon. Auparavant la pluie se déversait à flots sur la terre, déluge de flèches humides frappant la terre à coups démultipliés jusqu'à la submerger pour y noyer tant de mal, un péché si grand. Mais Dieu cesse de décocher ses traits et tire un trait sur sa colère. Et voici que l'arc devient une arche qui navigue en ciel, prenant la forme d'un pont vers le ciel et à la fois d'un bout de la terre à l'autre, appelant ainsi les hommes de toutes couleurs à l'unique promesse de la maison du Père.

Dieu met son arc en ciel afin que celui-ci, d'un bout du temps à l'autre, proclame que l'amour du Seigneur est de toujours à toujours ; c'est ce que chante le psaume de ce jour répondant à la Première lecture : l'amour du Seigneur est de toujours à toujours. Et saint Pierre dans sa Lettre, commentant ce passage de la Genèse, nous dit en effet que Dieu prolonge sa patience, encore et toujours, pour nous faire entrer dans sa maison par la résurrection du Christ monté au Ciel.

L'Apôtre évoque le déluge comme une figure du baptême « qui ne purifie pas de souillures extérieures, mais qui est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite ». Il s'agit bel et bien d'une alliance : Dieu s'est engagé par promesse vis-à-vis de l'être humain, il ne se dédit pas et n'a qu'une parole fidèle au long des temps. Et le baptême permet à l'homme de s'engager réciproquement envers Dieu. Parce que c'est le baptême du Christ dans lequel nous sommes plongés. Ainsi c'est Jésus qui nous permet d'oser une réponse.

Par la puissance de son baptême d'eau et d'Esprit Saint. Car Jésus, vous l'avez entendu dans l'évangile, après avoir été plongé dans les eaux du baptême, rempli d'Esprit Saint qu'il était déjà, retrouve cette vie parmi les bêtes sauvages qui était celle de la famille de Noé dans l'arche ; il porte avec lui la Bonne Nouvelle d'un monde réconcilié avec le Ciel, comme en témoignent la présence des anges qui l'entourent de leur service. Convertissez-vous, proclame ensuite Jésus, c'est-à-dire : n'ayez pas peur, mais laissez-vous plonger dans l'amour de Dieu, marchez en sa présence, soyez ses amis dans l'engagement envers lui d'une conscience droite. Sur quoi appuyer cette confiance ? Sur l'amour de Dieu qui se révèle par le baptême. En quoi être plongé dans l'eau, ou en quoi verser de l'eau sur la tête de quelqu'un parle-t-il d'amour ? Cela parle de purification et de vie. Il n'y cependant pas d'acte de Dieu qui ne s'accompagne d'une parole, or au baptême de son Fils le Père nous dit qu'en Jésus le Christ nous sommes ses enfants bien-aimés. Alors suivons Jésus, ne le perdons pas de vue, écoutons sa parole, il est Parole de Dieu, laissons-nous plonger dans sa parole comme dans un bain de vie, laissons Dieu changer nos cœurs tout en y mettant du nôtre. Se convertir et croire à l'Évangile, c'est croire que Dieu nous aime.

Alors laissons Dieu changer nos cœurs, et quant à nous mettons-y du nôtre, comme on dit. Faisons notre part. Reprenons seul ou ensemble les textes bibliques car la Parole de Dieu touche au cœur. Et en nous-mêmes répétons simplement : Jésus, j'ai confiance en toi.

 

ANNÉE A

 

Homélie du 4ème dimanche de Carême / Patrice RÉTY, diacre permanent

 

   Faisons défiler en nous cette scène (car elle nous concerne tous un peu ou peut-être beaucoup, il est bon de faire mémoire) que nous venons de découvrir dans ce passage de l’Évangile et qui se déroule en trois temps :

-Tout d’abord, Jésus fait de la boue qu'il applique sur les yeux de l'aveugle. Cet acte nous renvoie au récit de la Création dans le Livre de la Genèse : Dieu avait modelé l'homme avec la poussière du sol. C'est une manière de montrer que l'acte créateur de Dieu continue en Jésus. Cette boue nous rappelle aussi notre péché.

-Ensuite, l'homme va se laver à la piscine de Siloé et il retrouve la vue. C'est l'action de guérison du Christ qui s'est manifestée en lui. En évoquant cette action, nous pensons tous à notre baptême.

-Enfin, l'aveugle guéri entre dans une autre lumière, celle de la foi. Mais là aussi, cela se fait progressivement : Après avoir été guéri, il parle d'abord de "cet homme qu'on appelle Jésus" ; puis il dit que c'est un prophète, puis un homme de Dieu. Enfin, il reconnaît en lui le Seigneur et il se prosterne devant lui.

   Mais "Qui a péché pour qu'il soit né ainsi : lui ou ses parents ?" Cette question est souvent la nôtre aussi. D'où viennent les souffrances, les maladies, les catastrophes de plus en plus fréquentes qui accablent tant de personnes aujourd'hui ? Est-ce une punition de Dieu pour nos péchés ? Aujourd'hui, Jésus nous apporte la réponse : non, ces malheurs ne viennent pas de Dieu. Il ne faut pas le voir comme un juge irrité qui voudrait nous punir de nos péchés. Dieu est un Père qui aime chacun de ses enfants. Et tout au long des Évangiles, nous découvrons en Jésus l'Envoyé du Père qui est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus.

   Il y a là une bonne nouvelle qui nous rejoint tous. Le Christ n'a pas changé. Il continue à vouloir nous guérir de nos aveuglements. Il veut nous ouvrir à la lumière de la foi. Mais en lisant cet évangile, nous remarquons une chose importante : face à cet homme guéri et sauvé, il y a tous ceux qui sont aveugles dans leur esprit et dans leur cœur. Tous ceux qui agissent à la manière de l’autruche et qui refusent de voir la réalité en face : inconscience, bêtise, peur, argent, nombrilisme, incompétence ? Comme le hibou ou la chouette, ils sont aveuglés par la lumière du jour. La Lumière de Dieu, la Lumière de la Vérité leur fait peur. La foi ne vient pas au bout de nos raisonnements intellectuels ou spirituels aussi élevé soient-ils. Nous ne devons pas avoir peur de la Lumière de Jésus Christ ; Il se présente à nous comme le soleil qui rendra lumineuse notre vie.

   Cet aveugle sur le chemin c'est chacun de nous aujourd'hui. L'Évangile de ce jour nous révèle cette boue qui nous empêche de voir le monde tel qui l’est, de voir ce que nous en faisons, reconnaître le visage du Dieu de tendresse ; à cause de cela, nous ne pouvons plus goûter sa présence dans notre vie ni percevoir la main qu'il nous tend pour sortir du bourbier de nos péchés, de nos faiblesses ni de nos mensonges. Nous sommes des mal-aimants parce que trop souvent, nous ne savons pas regarder avec le regard de Dieu.

   Mais là où le péché a abondé, l'amour du Seigneur a surabondé. Il est toujours là pour nous guérir, nous relever et nous donner force et courage pour continuer notre route à sa suite. "En prenant la condition humaine, il a guidé vers la lumière de la foi l'humanité qui s'en allait dans les ténèbres. C'est la mission du Fils, lui qui "a vu le Père" : enlever de notre regard intérieur ce qui le souille et l'obstrue, nous rendre la vue pour apercevoir les merveilles de Dieu.

Ouvre mes yeux, Seigneur...

 Homélie de Mi Carême / Saint Joseph, époux de la Vierge Marie / Solennité (blanc) / Patrice RÉTY, diacre permanent

   L’Évangile est particulièrement discret sur Saint Joseph, mais il y a néanmoins quelques passages qui parlent de lui et qui décrivent sa participation à la vie de Jésus. Pourtant, le passage que nous propose la liturgie de ce jour de sa fête, fait à peine allusion à sa présence aux côtés de Marie. Saint Luc parle à plusieurs reprises des « parents » de Jésus, incluant donc implicitement Saint Joseph, mais il ne le désigne jamais par son nom propre. Son action - ou plutôt sa passion - semble se confondre avec celle de Marie, dont il partage l’angoisse : « Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! »

   Cette présentation n’a évidemment par pour but de minimiser la place de Saint Joseph, mais elle cherche plutôt à nous faire découvrir sa manière propre d’agir. Sa vie est mystère d’effacement ; et par le fait même, il nous invite à nous effacer à notre tour, pour laisser toute la place à celui qui a daigné venir nous visiter sous les humbles apparences d’un enfant. Le silence si éloquent de Saint Joseph n’est pas celui de l’indifférence mais de la contemplation : celui qui fut donné pour père au Fils de Dieu s’est mis silencieusement à l’école de la Sagesse incarnée qui grandissait sous ses yeux ; et lorsque les événements le déconcertent, loin de reprendre l’initiative, il attend patiemment que Dieu lui fasse signe ou que le voile se lève et que surgisse la lumière.

   C’est bien ce qui se passe dans le passage du recouvrement de l’enfant au Temple, au milieu des docteurs qui « s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses ». Certes Saint Joseph tout comme Marie, a souffert de la disparition de Jésus ; comme elle il a été surpris de voir son enfant, apparemment insouciant, au milieu des docteurs. Mais il n’intervient pas impulsivement comme nous l’aurions fait : il attend de découvrir la raison cachée de ce comportement inattendu.

   Comme nous aimerions découvrir le regard échangé entre Jésus et son papa à ce moment qui marque la fin de l’enfance du Fils de Joseph et son entrée dans la vie adulte. Non, la parole de Jésus : « C’est chez mon Père que je dois être » n’est pas un démenti de la paternité de Joseph, bien au contraire ! Par ces quelques mots Jésus atteste que Joseph a su le conduire jusqu’au seuil du mystère de sa Personne divine, enfouie dans la pâte humaine reçue de la Vierge Marie. C’est sous la conduite patiente, attentive, aimante, vigilante de Joseph, que Jésus « a grandi en sagesse et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes » (Lc 2, 52). Telle est sans aucun doute la plus grande gloire de Saint Joseph : il a été à tel point le miroir de la paternité divine, qu’il a permis à Jésus de découvrir qui est son véritable Père. Ou pour le dire autrement : c’est dans le face à face avec Joseph, que le Verbe incarné a pris humainement conscience de sa filiation divine.

   Joseph a exercé sa paternité en s’effaçant, en se retirant ; et c’est dans ce retrait même, qu’il a révélé le Père des cieux. Aussi est-ce à juste titre que Jésus l’appelait durant les années d’enfance de ce nom de « Abba » par lequel il désignera par la suite son Père des cieux. Voilà pourquoi après Marie, Saint Joseph est le plus grand parmi les saints du ciel, lui qui fut l’ombre du Père éternel. Nul doute que ce ministère de paternité qu’il a exercé en faveur du Christ, Saint Joseph continue de l’assurer en faveur des membres de son Corps, c'est-à-dire de tous ceux qui, par le baptême et par la foi, sont « nés d’eau et d’Esprit » (Jn 3, 5). Chacun de nous est ainsi confié à la paternité bienveillante de celui qui est chargé de nous conduire jour après jour jusqu’à la pleine conscience de notre filiation adoptive dans le Christ. Puissions-nous consentir à ce ministère et accueillir avec reconnaissance l’autorité de saint Joseph, lui demeurant joyeusement soumis, comme Jésus nous en donne l’exemple.

   « Seigneur Jésus, c’est dès le premier moment de ta conception que tu es pour nous "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14, 6). Ce n’est donc pas seulement durant ta vie publique que je suis appelé à te suivre, mais dès ta plus tendre enfance !».

P.R. đꝑ

 

Homélie du 2ème dimanche de Carême / La Transfiguration / Olivier JOLY, diacre permanent

Après notre entrée en Carême, le Mercredi des Cendres à Saint Vallier, puis le 1er dimanche de Carême, et notre démarche de jeûne et de charité avec la soirée bol de riz vendredi soir, nous voilà complètement entrés dans la période précédant Pâques pour nous préparer à recevoir en grâce le Christ ressuscité avec un cœur tout neuf qui se sera laissé modeler pendant ce temps de Carême.

En effet, nous entrons aujourd’hui dans la 2eme semaine qui nous prépare à Pâques.

Les textes de ce jour ainsi que le projet que nous propose le CCFD cette année doivent nous bousculer, bouleverser nos vies et nos habitudes.

Dès la première lecture, dans le livre de la Genèse, Dieu demande à Abram de quitter la maison de son Père, de quitter son pays, de se mettre en chemin et d’aller dans le pays qu’il lui indiquera. Dieu lui dit aussi qu’il sera le Père d’une grande Nation.

Abram met toute sa confiance en Dieu et se met immédiatement en route, alors qu’il ne sait pas où il va, qu’il est avancé en âge tout comme sa femme Sara qui est stérile et qu’il n’a donc pas de descendance directe. « Même pas peur » comme diraient les jeunes aujourd’hui.

Il se met donc en route, suit Dieu, fait ce qu’il lui demande, il le suivra jusqu’à la fin de sa vie. Il aura une grande descendance comme Dieu l’avait prédit. Voilà pourquoi Abraham est devenu le Père de tous les croyants car il a eu une foi en Dieu indéfectible, une foi totale. Il a toujours dit oui à Dieu, même quand il ne comprenait pas da demande ou lorsque certains choix étaient difficiles. Et Dieu a toujours été reconnaissant envers Abraham, qui lui est toujours resté fidèle. Abraham est un modèle de foi pour nous tous. Et nous, savons-nous avoir une foi sans faille, une confiance à Dieu comme Abram ? Si nous pouvons dire parfois qu’il ne nous répond pas, c’est peut-être tout simplement que nous ne voyons pas ces signes ou que nous manquons de confiance en lui.

Par ce passage de l’Ancien Testament, Dieu, à nous aussi, aujourd’hui demande de tout abandonner, pour le suivre. Il ne nous est pas demandé de laisser notre maison ni notre famille mais de changer nos habitudes et nos comportements envers les autres qui peuvent être parfois déviants, pour nous focaliser sur l’essentiel, les fondamentaux d’une vie d’amour dans le sillage de Dieu.

Le texte de l’Evangile de Saint Matthieu est un texte que nous connaissons tous, il s’agit de l’un des piliers des Evangiles, un texte principal pour la foi des chrétiens, le magnifique texte la Transfiguration de Jésus aux yeux de Pierre, Jacques et Jean.

Là aussi, les 3 disciples se mettent en chemin, en mouvement, pour aller rencontrer Dieu. En se déplaçant dans la montagne, Jésus les emmène à l’écart nous dit l’évangéliste, sans savoir ce qu’il va leur arriver, sans avoir conscience de la rencontre qu’ils vont faire. Eux aussi, comme Abram, font confiance à celui qui les invite. Ils verront Jésus en Gloire, sur la Terre des hommes aux côtés de Moïse et d’Elie, pour leur rappeler que le Dieu de ces derniers est le même que le Dieu de Jésus dont il est le propre Père.

« Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le. »

Dieu le leur dit directement et par la Transfiguration de Jésus, Dieu leur montre aussi que ce fils est Dieu lui-même. Ils ne le comprendront pas tout de suite, tout comme l’annonce de la résurrection qui est faite à la fin de ce passage d’Evangile.

A travers ces 2 textes nous voyons combien est grande la récompense pour ceux qui s’abandonnent à Dieu, qui lui font confiance et qui le suivent.

Ici, la volonté de Dieu, c’est que les disciples présents, c’est-à-dire nous tous, suivions Jésus dans son Evangile.

Il nous est demandé, nous aussi, de nous mettre en chemin pour suivre Jésus, de sortir de nos habitudes, parfois, de notre petit train-train, et de monter, nous aussi sur la haute montagne. Cela nous indique, que pour cela, nous devons faire des efforts, « ça ne tombera pas tout cuit ».

Elle est vraiment là la démarche de Carême qui nous est proposée à tous : mettre en œuvre le changement, le bouleversement dans nos vies. Cette proposition de conversion nous est faite à chaque instant de notre vie de chrétien, mais durant le Carême, elle prend une toute autre dimension pour nous préparer à recevoir, à accueillir le Christ ressuscité. Et ce par des actions concrètes de changements qui auront des répercussions positives sur nos frères et / ou notre environnement au sens large.

Pour se faire, vous avez découvert dimanche dernier la proposition du CCFD – Terre solidaire que nous avons choisi de suivre une fois encore pour le Carême 2020 :

« L’heure de l’écologie intégrale a sonné »

Ce projet ne concerne plus uniquement les sociétés les plus pauvres, mais comment prendre soin de l’ensemble de la création, c’est-à-dire de la Terre et de l’ensemble de ses habitants, à la lumière de l’encyclique du Pape François « Laudato Si », que je vous conseille vivement de lire si vous ne l’avez pas déjà fait, ou bien de la relire, vous la comprendrez différemment à la 2eme lecture.

Le projet du CCFD sur les 5 semaines de Carême prend racine dans cette encyclique.

Et le thème particulier de cette 2e semaine en rapport avec les textes du jour est « Relevez-vous» et en rapport avec l’encyclique est « Promouvoir un modèle agricole alternatif : l’agroécologie ».

Mais qu’entend-on par agroécologie ?

L’agroécologie est un modèle d’agriculture alternatif qui repose sur :

  • Une agriculture plus respectueuse de l’environnement, sans utilisation de produits chimiques avec le respect de la biodiversité,
  • Une agriculture qui a le souci du social et de l’humain en encourageant la solidarité entre agriculteurs, en utilisant les savoir-faire de chacun et privilégiant les projets en commun,
  • Une agriculture qui fournit un salaire décent aux agriculteurs et à leurs familles et qui alimente les marchés locaux avec des productions diversifiées basées sur le principe des circuits courts,
  • Une agriculture qui veut participer à la souveraineté alimentaire du pays concerné, basée sur une multitude de petites exploitations familiales.

En clair, il s’agit d’une agriculture modeste qui respecte autant notre maison commune comme le dit si bien le Pape François, que l’humain dans toute sa dimension donc une agriculture qui participe à l’Ecologie intégrale (prendre de soin de la terre et de l’humain).

Mais comment participer à cette écologie intégrale ou comment promouvoir une agroécologie ?

Eh bien peut-être en se mettant petit à petit à changer nos modes de consommation alimentaire et autre ou en cultivant son jardin de manière plus naturelle, en mode permaculture par exemple, et donc moins artificiel.

Je vous assure que cette manière différente de voir les choses bouleverse, ce n’est pas toujours facile de changer ses habitudes, cela ne va pas de soi. Les anciennes habitudes ont parfois la vie dure.

Mais quelle satisfaction lorsque par nos habitudes moins agressives et moins polluantes, on se rend compte que l’on abîme moins la Création que notre Dieu nous a laissé pour la gérer avec sobriété.

En Genèse 2 il est écrit « Le Seigneur Dieu prit l’homme l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder » et non pour le cultiver et le détruire et le rendre stérile, ce que notre humanité est en train de faire avec ses cultures intensives et cette surexploitation des sources de matière première jusqu’à épuisement.

Avons-nous bien conscience qu’avec nos modes de consommation actuel nous cautionnons parfois cette surexploitation et cette destruction de notre humanité ?

C’est aujourd’hui qu’il faut réagir et aller vers une consommation plus sobre. Une sobriété qui ne doit pas être vécue comme contrainte mais vécue comme une sobriété heureuse comme le dit si bien Pierre Rabhi, pionnier de l’agroécologie en France.

Notre démarche de carême de cette année pourrait être, à l’aide de différentes lectures, la Bible avec le livre de la Genèse par exemple ou d’autres, l’encyclique Laudato Si du Pape François, à l’aide d’une prière plus profonde en ce temps de Carême, de prendre conscience que l’heure de l’écologie intégrale a sonné et qu’il y a urgence. Les livres de Pierre Rabhi peuvent nous aider à imaginer des changements dans nos comportements et manière de faire. Ils peuvent nous donner des exemples.

Je ne veux pas sombrer dans un pessimisme profond mais au contraire un magnifique projet plein d’espérance, un immense chantier d’envergure s’ouvre à nous. Avec la force que nous apporte les Ecritures et la prière, nous devons relever ce défi.

Saurons-nous, nous aussi, comme Abram, Pierre, Jacques et Jean, faire confiance à Dieu et le suivre là où il nous appelle même si nous ne savons pas dès le départ là où il nous emmène ?

Alors « relevons-nous » comme nous le dit Saint Matthieu et mettons-nous en chemin.

 

Homélie du 2ème dimanche de Carême / La Transfiguration / Patrice RÉTY, diacre permanent

Dans l'Évangile, nous voyons Jésus se retirer sur la montagne, loin de la foule. C'était pour lui un lieu de rencontre privilégié avec le Père dans une prière silencieuse. Et puis, nous n'oublions pas la montagne des béatitudes. Jésus y a proclamé des paroles très fortes d'amour et de vie. Pourquoi cette insistance sur la montagne ? Il faut savoir que dans le monde de la Bible, c'est un lieu symbolique très fort. C'est le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu.

Il n’est pas demandé de nous lancer dans l'alpinisme. L'important c'est peut-être de prendre de la hauteur par rapport à ce que nous vivons. Trop souvent, nous nous laissons accaparer par les soucis de la vie, les problèmes matériels. Et nous avons du mal à entendre les appels du Seigneur qui nous invite à venir à lui. Le Carême c'est un temps de retraite. Nous sommes en marche vers la Pâque du Christ. Le grand message de ces lectures c'est toujours un appel à avancer. 

Vivre le Carême, c'est gravir la montagne et se mettre à l'écoute de Jésus. On n'y parvient pas tout de suite. Il faut de la patience et du courage. Il faut monter pour contempler les choses. Gravir la montagne c'est prendre le temps de l'écoute, c'est se réserver chaque jour du temps pour la prière. Malheureusement, nous ne savons pas assez faire silence pour écouter Dieu qui nous parle, qui nous invite, qui nous aime et qui attend notre réponse. Prier, ce n’est pas seulement réciter des formules, c'est accueillir Dieu dans notre cœur et lui répondre. La vraie prière c'est montrer à Dieu que nous l'aimons. C'est ainsi que le Christ nous apprend à prier. Nous sommes là pour nous "ajuster" à lui et à son amour. Et nous y puisons force et courage pour continuer notre route. Même si notre prière ne nous conduit pas à une transfiguration comme celle de Jésus, elle peut nous apporter une paix et une sécurité qui nous redonne force et confiance. Nous pourrons ainsi marcher en présence de Dieu tout comme Abraham et bien d'autres après lui. Si nous ne gravissons pas cette montagne avec Jésus, nous manquerons quelque chose d'absolument essentiel. Il est urgent que nous mettions le Christ au centre de notre vie.

Sur ce chemin de la Transfiguration, nous entendons la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » Retenons bien cet appel à « écouter ». Écouter les demandes de Jésus, mais aussi - écouter - mon prochain : et c’est important car il semble que nous ayons un peu perdu cette faculté. De nos jours, il est plus facile d’écouter le tout-venant : des informations, des chansons, de la musique, des messages publicitaires, des discours. Mais il est rare que nous écoutions une parole, c'est-à-dire quelqu'un. C'est ainsi qu'on peut passer à côté de bien des souffrances sans les voir et sans les entendre, on peut passer à côté d’une grâce vécue par un proche et qui aimerai partager ce moment-là. Écouter, c’est nous libérer du sommeil de l’individualisme et de la tristesse. Nous sommes un peu comme Pierre qui ne sait pas très bien comment faire et quoi dire en proposant à Jésus de dresser trois tentes, une pour lui, une pour Moïse et une pour Elie. Mais la voix du Père se fait entendre pour l'inviter à voir les choses différemment : ces tentes, il faut les construire dans le monde, dans les cœurs endurcis des humains, dans la vie ordinaire. Dans la Bible, la tente c'est le lieu de la présence de Dieu. Dieu voit ce monde défiguré par la haine, les guerres, les violences de toutes sortes. Or c'est dans ce monde que Dieu veut habiter. Et il compte sur nous pour lui construire une demeure digne de lui. Il nous invite à construire un monde rempli de son amour. Cette beauté qui est en lui, Jésus veut nous en revêtir en nous faisant partager sa divinité. Ecoutons-le dans la prière, loin des tracas, loin des bruits extérieurs sans les ignorés bien sûr, mais dans le silence intérieur. Dieu seul peut nous transfigurer.

P. RETY đꝑ

 

Homélie du mercredi des Cendres 2020/ Patrice RÉTY, diacre permanent

Entrer en Carême : le désert, c’est quoi ? C’est où ? Ça sert à quoi de s’y rendre ?

Aumône, prière, jeûne ? C’est quoi tout ça ?

   Le désert. Lieu de silence, de dénuement, de solitude, le désert peut inquiéter ou même rebuter. Mais il peut se révéler aussi comme le lieu privilégié de la rencontre, avec soi, avec Dieu. Le désert, c’est quoi ? Ce lieu isolé, dépouiller couvert de sable et de cailloux ? Pas obligatoirement, ce peut-être aussi ma chambre la nuit dans le silence, être seul(e) pour méditer. C'est bien là tout le sens du Carême. Se dépouiller de soi, creuser en soi le désir de rencontrer Dieu en esprit et vérité. Dégager l'espace où il pourra venir se donner et ce, particulièrement, le jour de Pâques où il nous comblera de sa vie de Ressuscité. N'est-ce pas cela se convertir ? Ouvrage à remettre sans cesse sur le métier. Car il s’agit là d’une véritable lutte à mener contre nos idoles, notre autosuffisance, nos égoïsmes… Oui, le Carême est un temps de combat spirituel. L’oraison de la liturgie d’aujourd’hui nous le rappelle. Mais un guerrier, fut-il du Seigneur, ne part pas au combat sans armes.

   Dans l’évangile de ce soir, Jésus nous propose trois armes : l’aumône, la prière et le jeûne. Il attire notre attention sur les modalités de leur pratique pour qu'elles puissent se montrer réellement efficaces. Pour ce faire, par trois fois, Jésus va opposer à la manifestation spectaculaire des pharisiens la discrétion de celui qui agit en réponse à l’appel intérieur à la conversion et dont la seule motivation est de se rapprocher de Dieu pour se laisser réconcilier avec lui : "Ton Père qui est présent dans le secret connaît ton action ; ton Père voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra". Cette remarque nous révèle le cœur de l’enseignement que Jésus veut nous donner.

   La vraie récompense de l’aumône, de la prière et du jeûne, c’est l'intimité retrouvée avec le Père au terme d'une démarche sincère de conversion. Chemin de décentrement de soi, de désintéressement, de gratuité.

   Jeûner c'est faire de la place en nous pour permettre à Dieu de nous rejoindre. Jeûner c'est aussi reconnaître que le Seigneur est notre unique nécessaire et que tout nous vient de lui. Jeûner c'est enfin reprendre conscience que la seule chose qui ne vient que de nous et que nous pouvons présenter à Dieu pour qu’il nous en libère : c'est la pauvreté de notre péché. Libérés du trop-plein de nous-mêmes nous pourrons alors par la prière rejoindre dans l'intimité celui qui toujours nous précède pour se donner à nous. Dans la reconnaissance du don gratuit de cet amour résonnera alors l'appel à nous donner à notre tour gratuitement aux autres. " Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement " (Mt 10,8). Voilà le sens de l'aumône : donner, se donner c'est-à-dire reconnaître que rien ne nous appartient, que tout nous est donné gratuitement par Dieu, à commencer par le don merveilleux de la vie.

   "Ton Père te le rendra" : le regard du Père, qui scrute le secret des cœurs, est un regard gratifiant. Jésus ne précise pas ce que rend le Père, peut-être parce qu’il n’a qu’une chose à donner en partage : sa propre vie. Autrement dit, en Jésus, Dieu me gratifiera du don de lui-même, dans la mesure de la perte à laquelle j’aurai consenti gratuitement.

   Le Carême est donc chemin vers la vie, chemin de vie. Le Christ nous y précède. N'ayons pas peur de le suivre. Il est déjà vainqueur. Notre combat c'est celui de la disponibilité pour accueillir les fruits de sa victoire. Mais là aussi la grâce nous précède dans la personne même de l'Esprit-Saint.

   Apprends-nous, Seigneur, à être simples, à aimer comme tu nous aimes. Apprends-nous à nous laisser habiter par ta présence et ta divine miséricorde pour mieux nous accompagner. Il faut le dire et le redire, Dieu n’est pas un dieu vengeur mais un Dieu Amour et Miséricorde qui nous aime avec nos fragilités et nos faiblesses. Notre Dieu qui vient à nous par Jésus à chaque eucharistie : ceci est mon corps, ceci est mon sang, qui sera versé bientôt pour nous sauver. Amen.

P. RETY đꝑ

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