Il faut donc penser autrement le dimanche, tout en tenant que la célébration eucharistique dominicale demeure et demeurera toujours l’idéal pour rassembler la communauté. Elle est «la source et le sommet» de la vie chrétienne. C’est la célébration du Mystère Pascal – la mort et la Résurrection du Seigneur –, le cœur de notre foi. Elle donne accès à la vraie nourriture donnée par le Christ et qui ouvre à la vie éternelle. Enfin elle permet le rassemblement, dans l'obéissance au Christ, des fidèles pour le célébrer et former eux-mêmes ce corps du Christ qui est l'Église.

La prise en compte sérieuse de la réalité de la situation présente permet – grâce au souci des chrétiens de célébrer le jour du Seigneur malgré la pénurie de prêtre – la mise en place de propositions. Ces rassemblements dominicaux sont essentiels pour préserver la vie ecclésiale locale, ils répondent au principe premier de l’Eglise : rassembler les baptisés et célébrer le jour du Seigneur.

Différentes propositions ont été faites depuis une trentaine d’années pour proposer des célébrations sans ministre ordonné. Des évaluations «à l’usage» ont permis de réorienter les pratiques, de corriger ou d’encourager les expériences pour que soit sauf un bénéfice pastoral, spirituel et théologique, pour tous.

Hier, les Adap

La première expérience fut celle des ADAP :les Assemblées dominicales en l’absence de prêtres. Ces ADAP, lancées dans les années 80, ont très vite modifié leur nom dans les années 90, ainsi le second «A» du sigle a évolué, désignant non plus l’absence mais     l'attente (de prêtre).

Ce petit changement, qui pourrait sembler anodin, répondait à un vrai problème que soulevaient les ADAP : celui des ministères. Qui convoque ? Qui préside ? Au nom de quoi ? Selon quelle délégation ? Quelle légitimité ? Quelle formation ? Pour un mandat de combien de temps ? Qui évalue ? Qui corrige ? Qui conduit ?

Nous étions au cœur de la question du ministère ordonné qui ne peut être remplacé comme cela. Il s’agit d’une question ecclésiologique profonde qui interroge le sens même de l’eucharistie.

Un autre problème de ces ADAP s’inscrivait dans la structure même de ces célébrations qui ressemblaient, bien souvent, à «des messes sans prêtres».  Toute la structure de la messe était conservée en tout point, excepté bien sûr la prière eucharistique, mais en conservant la distribution de la communion prise dans la Réserve. Dans l’esprit de beaucoup de fidèles la messe sous sa forme habituelle devenait… accessoire.

Or une bonne théologie de la liturgie exige une consommation par l’assemblée, présente à la messe célébrée, des hosties consacrées pour elle. En effet ces dons (le pain et le vin) sont associés à la vie des fidèles présents. Ces dons sont les fruits de leur vie, de leur travail… et ce sont ces mêmes dons qui, après l’appel de l’Esprit et la Consécration leur sont rendus, devenus Corps et Sang du Christ pour être consommés.

Un troisième problème est celui de l’essoufflement. Les équipes liturgiques prennent de l’âge et peinent à se renouveler dans beaucoup d’endroits. Les célébrations sont parfois trop typées et marquées par la manière de faire de quelques-uns, qui à terme risque de renfermer l’assemblée sur elle-même.

Une évolution fut/est nécessaire.

Aujourd'hui, les Assemblées du dimanche

Pour tenir les enjeux essentiels de l’assemblée le dimanche dans des lieux privés d’eucharistie, de nouvelles pistes sont aujourd’hui explorées en tenant compte des enseignements, positifs ou non, que l’expérience des ADAP a apportés. Ces rassemblement dominicaux sont accompagnés par une équipe de laïcs formés et légitime en communion avec toute l’Eglise et sous la responsabilité du curé.

Il n’est plus question de proposer des structures de «messes allégées».

Ces rassemblements en Eglise organisent leur prière à partir de la Parole de Dieu. Elle est proclamée et méditée, en communion avec toute l’Eglise et toutes les communautés.

Les mises en œuvres sont variées.

La célébration de la Parole à partir de la liturgie des heures

Il s’agit, pour être en communion avec l’Eglise, de reprendre tout simplement la prière du Peuple chrétien (concile Vatican II, Constitution sur la liturgie au numéro 100). Ce sont les Vêpres, les Laudes ou encore l’Office des Lectures.

Les célébrations de la Parole

Dans ces célébrations, la mise en œuvre autour de la Parole est très soignée : procession de l’Evangéliaire, mise en valeur de l’ambon,… Les lectures proclamées étant les textes du dimanche suivis d’un temps de réception de la parole : silence, partage, méditation, témoignage, etc.

Des temps de Lectio Divina

Ces temps de Lectio Divina se calquent sur la pratique très ancienne de l’Eglise d’une lecture lente et méditative d’un texte biblique.

Ces célébrations des assemblées dominicales permettent une vie ecclésiale locale. Elles ne sont pas compliquées à exécuter. Elles sont animées le plus souvent par des laïcs (ou des diacres permanents), elles sont aussi la marque d'une implication concrète d'une mise en œuvre de la «coresponsabilité partagée entre les clercs et les laïcs dans l’Eglise» rappelée par Benoît XVI lors de la 4e assemblée générale du Forum international de l’action catholique en août 2012.

Du travail s'annonce

Une grande tâche s’annonce aujourd’hui dans l’Eglise de France et dans toutes les régions concernées, pour tenir la vie des communautés paroissiales. Ce chantier comprend essentiellement la question de la formation des laïcs  (biblique, chants, animations, liturgie,…) ; l’appel de nouvelles personnes dans les jeunes générations pour un renouvellement, et enfin l’acceptation du nécessaire changement et de ses conséquences directes sur les habitudes, les souvenirs et pour certains les... regrets. Il est nécessaire aussi d'aider les communautés ayant le moins de ressources à une mise en œuvre concrète.